Conclusion : Samsara, le Slow Cinema et la perception du rythme induite par la musique au cinéma - Texte 2

L’ouvrage Samsara de Lois Patiño : une expérience cinématographique au rythme méditatif[3] propose précisément une réflexion sur cette œuvre singulière à travers des entretiens menés conjointement avec le réalisateur et trois chercheurs œuvrant dans les sciences de la santé et du cinéma. Ces entretiens explorent les multiples dimensions du rythme et ouvrent ainsi de nouvelles perspectives d’études complémentaires du présent parcours en matière de perception spectatorielle du rythme au cinéma. Les progrès réalisés dans le domaine des méthodes électroencéphalographiques, qui soutiennent notamment l’objectif de comprendre et de maîtriser les effets des films sur l’organisme humain, ouvrent la voie à une évaluation plus précise de l’impact des éléments rythmiques des contenus audiovisuels sur l’activité cérébrale. À terme, cette avancée pourrait permettre de déterminer les proportions idéales de ces éléments à mobiliser, individuellement ou conjointement, afin de cibler spécifiquement certaines catégories de public et d’atteindre divers objectifs, tels que l’amélioration de l’attention, la promotion de la méditation ou l’induction de la somnolence, objectifs qui correspondent à l’ambition artistique du réalisateur espagnol de Samsara.

En mobilisant des chercheurs spécialisés dans les domaines transversaux que constituent les sciences de la santé, le cinéma et les médias, cet ouvrage numérique nous offre la possibilité de réfléchir différemment au rythme d’une œuvre cinématographique et à ses effets cognitifs sur l’être humain par le prisme de l’étude neuroscientifique.

Perception du temps et du rythme induite par la musique au cinéma

Parallèlement, l’influence de la musique sur la perception du temps et du rythme au cinéma parait également être une composante essentielle lorsqu’il s’agit d’aborder la perception générale du rythme d’un contenu audiovisuel, et plus particulièrement cinématographique, chez le spectateur. Art fondé lui aussi sur une structure rythmique, une gestion de l’écoulement du temps ainsi qu’un discours s’articulant majoritairement entre tension et détente, la musique était en tout point amenée à rencontrer le cinéma dès ses origines. De cette union ont émergé une diversité d’effets perceptifs, que l’on peut observer dans le prolongement des réflexions biologiques et théoriques menées dans le cadre de ce parcours.

Assurément, la tension dramaturgique et l’attention du spectateur s’imposent comme des enjeux fondamentaux du discours rythmique d’un film, quels que soient le genre, la période historique ou la provenance géographique de l’œuvre. De fait, l’apport de la musique au cinéma s’avère à cet égard décisif tant elle apporte tout un élément de relativité à ce discours, ne serait-ce qu’en fonction de la densité des évènements qui la composent, et donc de toutes les nuances possibles entre un temps lisse et un temps strié. Dans notre parcours intitulé « Perception du temps et du rythme induite par la musique au cinéma », nous nous intéressons justement à des séquences tirées du patrimoine cinématographique mondial afin d’en dégager les ressorts dramaturgiques et d’en analyser les effets sur l’horloge interne du spectateur.

Du renouvellement des éléments par la perception elle-même – soit l’activité mémorielle et sensorielle du spectateur – en passant par l’équilibre et la complémentarité des flux qu’un métrage requiert, nous y étudions les paramètres de la relativité du temps écranique induite par la musique à travers l’analyse de discours théoriques. De fait, cet ensemble de composantes techniques s’incorpore au savoir-faire compositionnel que bien des créateurs mobilisent, consciemment ou non, pour jouer musicalement avec les frontières du temps à l’image.

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