Conclusion : Samsara, le Slow Cinema et la perception du rythme induite par la musique au cinéma - Texte 1
Samsara et le Slow Cinema
Le constat d’un rythme cinématographique se densifiant à partir des années 1960, et a fortiori des années 1980, semble concerner la majeure partie de la norme cinématographique et audiovisuelle actuelle. Redéfinir la notion en faisant appel à l’approche biologique et au « montage invisible » ainsi qu’aux différentes théories et applications du rythme au cinéma, des premières heures jusqu’au temps présent, est essentiel pour comprendre la mutation du cinéma vers sa forme contemporaine et nous permettre d’appréhender les nombreux cas particuliers et les évolutions « à contre-courant ». Ainsi, si l’accélération du rythme par le montage s’appréhende aisément pour la norme contemporaine, qu’en est-il des productions se trouvant en marge?
Aux antipodes de l’esthétique du clip musical symbolisée par MTV dans les années 1980, des créateurs se tournent au contraire vers ce que l’on nomme le Slow Cinema, une mouvance cinématographique découlant de l’engagement culturel du Slow Movement apparu en Italie dans les années 1990[1]. L’analyse d’une œuvre comme Samsara (2023), dont le réalisateur Lois Patiño se revendique de cette approche, met en lumière ce rythme lent et méditatif conçu en réaction au rythme vif et kinesthésique qui domine aujourd’hui. De fait, les films de ce type se caractérisent souvent par une narration plus minimaliste, accordant davantage d’importance à la contemplation et aux moments de suspension[2]. Dès les premières étapes de conception du projet, le réalisateur de Samsara s’est ainsi intéressé à la notion de réception spectatorielle, notamment en raison du choix de ce rythme lent, parfois difficile à appréhender, déployé sur près de deux heures de métrage.