Doubler, accumuler - Texte 4
Dans Light Is Waiting (2007), Michael Robinson réemploie une séquence d’un épisode (sans doute repiqué d’une cassette VHS) de la série télévisuelle familiale Full House et en propose un traitement visuel radical : effets de clignotement, distorsion visuelle, effets de brouillage vidéo analogique, surimpression, solarisation, alternance de filtres colorés, ralenti extrême, etc. L’effet le plus prégnant est néanmoins celui de l’image miroir (notamment lors d’une longue séquence de concert à Hawaï) qui transforme le bonheur de la scène originale en un véritable cauchemar hallucinatoire. Robinson, à sa manière, condense dans un même film un éventail de techniques propres à la pellicule et à une certaine tradition du réemploi (clignotement, réitération et surimpression à la tireuse optique, step-printing), mais en y ajoutant des effets propres à la vidéo analogique — parmi lesquels des effets proches de ceux produits par le synthétiseur Abe-Paik, créé en 1969-1971 et utilisé notamment pour réaliser Global Groove (Nam June Paik, 1973) —, tout comme des effets spécifiquement numériques. Le numérique permet ainsi de créer des permutations visuelles rapides (surimpressions, inversions de couleurs, etc.) et offre une souplesse dans les variations de traitement de l’image. Light Is Waiting pousse ainsi la technique (et la sensibilité du spectateur) à une certaine limite. Bien qu’un certain nombre des procédés exploités puissent être techniquement possibles sur pellicule ou en vidéo analogique, leur accumulation et la possibilité d’effectuer cette série de duplication sans perte de « génération » sont une spécificité de la reproductibilité et des capacités de synthèse de l’image numérique.
