Le matériel du cinéma - Texte 3
Plus largement, une place est accordée aux activités de projection. On évoque, par exemple, l’urgence de contrôler les appareils de projection, puisque les cabines et l’équipement utilisé ne sont pas toujours en bon état, ce qui participe à l’usure prématurée des films[9]. Ces remarques rappellent aussi que, derrière l’œuvre, il existe une série de manipulations et d’opérations qui contribuent à la conservation ou à la détérioration des films. Ces derniers ne sont d’ailleurs pas toujours exploités dans des conditions optimales, ce qui en travestit la réception.
La présence d’allusions précises aux projecteurs (Aubert N.M., Demaria, Ernemann, Nalpas, etc.) est significative de la place qu’occupe la projection au sein du dispositif cinématographique. Étape ultime d’une chaîne d’opérations faites d’enregistrements et de transformations, elle apparaît dans les discours comme le résultat complétant l’expérience du spectateur. Dès lors, le perfectionnement des caméras et de la pellicule va de pair avec celui des projecteurs. Les développements du cinéma sonore auront d’ailleurs un impact sur cette expérience, montrant que des préoccupations acoustiques sont parties prenantes de l’environnement de réception des films. À ce titre, Paul Audinet, journaliste pour Cinémagazine, propose, dans les pages de la revue, une série d’articles intitulée « L’exploitation moderne » et consacrée à la rénovation et à l’aménagement de salles de cinéma parisiennes. Ses articles détaillés montrent qu’au tournant des années 1930, il importe d’avoir des salles limitant les nuisances sonores. Les projecteurs eux-mêmes font partie de ces nuisances. Développer un appareil silencieux constitue alors un enjeu majeur, mis en lumière dans certains articles à teneur publicitaire. Ainsi vante-t-on cette dimension particulière du projecteur Aubert N.M., présenté comme « le dernier cri du progrès ». Les articles d’Audinet révèlent aussi que la taille de la salle, les matériaux utilisés dans sa construction, les tissus, les tapis, etc., contribuent à la création d’un milieu permettant aux spectateurs de profiter de manière optimale des films. Une attention particulière est alors donnée aux conditions de projection et de réception, et non aux seuls objets projetés.
