Filmer en Bolex H - Texte 3

De par son ergonomie, la Bolex ne se porte pas sur l’épaule – d’une part parce que l’arrondi inférieur la rend instable, mais aussi et surtout parce que la place du viseur à l’arrière de la machine rend impossible de garder l’œil à l’œilleton si la caméra est sur l’épaule. La Bolex est donc portée à la main, ou posée sur un trépied. Dans le premier cas, l’utilisateur droitier pourra faire porter le poids de la caméra sur la main droite, soutenant l’objet par en-dessous, avec l’index à proximité du déclencheur placé sur la face avant, sous la tourelle. La main gauche maintiendra et orientera le haut de l’appareil, tirant éventuellement avantage, pour la sécurité de la prise, de la sangle de cuir qui double l’arrondi. Une poignée pistolet peut être montée sous l’appareil, afin de faciliter la prise. Le tournage caméra à la main est une découverte de ce type de caméras, depuis notamment la Bell & Howell Filmo 70. Le rendu esthétique en est singulier, à la fois pour le tremblé qui, même contrôlé, ne peut manquer de marquer les plans, trace de la corporéité du filmeur, éventuellement de sa fatigue, et pour la réactivité nouvelle que ce mode permet – panoramiques filés, suivis improbables de personnages mobiles, changement brusque de décision sur l’objet à filmer, etc. Une partie des notices, modes d’emploi et autres discours prescriptifs de conseils aux apprentis cinéastes visera à prévenir contre cette mobilité potentiellement extrême de la caméra, les enjoignant à discipliner radicalement leurs mouvements. Par contraste, l’hyper-réactivité du dispositif a pu être exploitée vers des objectifs esthétiques nouveaux par des cinéastes expérimentaux tels Stan Brakhage et Jonas Mekas. Chez eux se joue ce possible suggéré par cette manière de porter la caméra : que ce soit la main qui filme plutôt que l’œil, que le cadrage s’opère par réaction de tout le corps plutôt que sous la seule direction du regard. Les conceptions de la caméra portée qui finiront par gagner le milieu professionnel à partir du cinéma direct des années 1960 s’organiseront autour de la caméra à l’épaule (caméras de type Éclair 16 ou Aaton LTR), dont le rapport au corps de l’opérateur est très différent de la caméra à la main.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2020

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2020. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/88579p/2369

Date de modification de la fiche

2020-08-20
2022-09-02

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