Analyse des appareils : le magnétoscope - Texte 5

Toute arrivée d’une nouvelle technologie implique de repenser les logiques commerciales et les dispositifs juridiques. C’est pour cette raison que des discours concernant les risques représentés par le VCR pour l’industrie télévisuelle et cinématographique, en termes de piratage et de perte de revenus publicitaires, apparaissent dès la fin des années 1970. En 1976, après le lancement du Betamax par Sony, une bataille juridique est engagée par Universal City Studios et Walt Disney Company contre Sony[11].

Jack Valenti, président de la Motion Picture Association of America (MPAA) et influent lobbyiste pour les droits d’auteur, est connu pour avoir dit : « Je vous dis que le VCR est au producteur cinématographique américain ce que l’étrangleur de Boston est à la femme seule à la maison […][12] ». Dans son discours, il souligne à quel point la possibilité d’enregistrer un film qui passe à la télévision menacerait la structure même de la télévision commerciale, basée sur les interruptions publicitaires, et comment ces mécanismes finiraient par nuire à la production, et donc à l’expérience des publics aussi, puisque la qualité des programmes en souffrirait.

Avec la vidéo, la culture audiovisuelle entre dans une phase de transformation dans laquelle la relation aux informations et aux contenus se fait sur le mode de l’archivage et de la collection, dans une logique postmoderne. Cela imposerait une révision des logiques capitalistes du marché et contraindrait à s’ouvrir aux multiples pratiques de remix, aux techniques d’enregistrement sur cassette par les particuliers, aux formes de réemploi des images, car les images de la culture populaire sont devenues un « vocabulaire commun ». Dans cette perspective, une insistance sur les modalités traditionnelles de réglementation des droits d’auteur et sur le piratage serait obsolète[13].

La Cour suprême consentira finalement à l’usage du VCR pour enregistrer des émissions chez soi, car il ne porte pas atteinte à l’industrie. Au contraire, l’histoire prouvera que le marché du VHS (location et vente de films) profitera de manière significative à Disney et à d’autres conglomérats médiatiques.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

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Identifiant

ark:/17444/87556k/4068

Date de modification de la fiche

2022-04-20

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