Pratiques sportives - Texte 5
L’ergonomie particulière de la caméra de skate lui permet de répondre aux besoins suscités par la pratique de ce sport, soit la manipulation d’une planche à roulettes près du sol lors d’un déplacement continu. Cependant, pour penser la caméra d’action, il faut également considérer le corps derrière la caméra, celui dont l’action est nécessaire à la captation de l’image. Les vidéos de Mike Manzoori montrent le filmeur en action et nous permettent d’étudier la contribution de son corps dans la prise de vues. La caméra d’action du skate est celle qui est portée à bout de bras par un planchiste accroupi pour obtenir le point de vue le plus près possible du sol, et ce, alors qu’il continue de piloter sa propre planche. À une époque où les caméras ne bénéficiaient pas encore de la stabilisation électronique de la GoPro d’aujourd’hui, ce sont les jambes et le bras du filmeur qui servent de suspension. La caméra d’action dépend donc des prouesses physiques du corps derrière l’appareil afin de pouvoir capter celles du sujet devant la lentille. De plus, puisque le filmeur suit l’athlète de près sur sa propre planche à roulettes, l’image est investie de la même énergie cinétique : « le dynamisme, l’énergie, le mécanisme ou la réaction nerveuse à l’origine » du point de vue[4]. La caméra d’action découle d’une gestuelle propre à l’action qu’elle documente : elle tremble au gré des mouvements du filmeur, bouge au même rythme que l’athlète.
