Portabilité - Texte 1

L’expression « cinéma direct » renvoie à une volonté d’enregistrer le « réel » au plus près de la vie, le caractère « direct » s’opposant à la lourdeur du dispositif associé au cinéma « classique ». Le cinéma direct est ainsi revendiqué comme une nouvelle manière de faire, fondée sur la légèreté et la maniabilité des appareils de prises de son et de prises de vue. L’appareil le plus emblématique de ces nouvelles pratiques est l’enregistreur sonore portable Nagra, dont le premier modèle est conçu en 1951 par l’ingénieur suisse d’origine polonaise Stefan Kudelski. Les performances du Nagra II (1953) confirment les potentialités de ces appareils, dont l’inventeur assure la popularité en proposant gratuitement des spécimens à de grands explorateurs, tels l’alpiniste Raymond Lambert ou l’océanaute Auguste Piccard, afin de démontrer leur portabilité, leur robustesse et leur fiabilité. Si la bande magnétique est à l’origine des premiers modèles, c’est une autre invention, celle des transistors, qui se révélera décisive : en 1958 apparaît le Nagra III, entièrement transistorisé et à moteur électrique, d’un poids de 5,8 kg, alimenté par 12 piles de 1,5 volt (qui alourdissent sensiblement la machine)[1]. Toujours en 1958, un autre fabricant suisse met sur le marché sous la marque Perfectone un appareil aux performances voisines.

Dans ces mêmes années 1950, l’avènement de la télévision fonde un nouveau rapport aux images dans lequel la question du direct s’avérera déterminante. Si l’on réduit souvent ce direct aux dramatiques tournées en studio, emblématiques il est vrai de la première télévision en France, la réalité est tout autre. Les retransmissions des événements sportifs prennent rapidement une place de choix dans les programmes, les plus populaires d’entre elles assurant la notoriété du nouveau média. Le Tour de France fait l’objet de toutes les attentions et nécessite un certain nombre d’innovations techniques pour répondre à l’impératif de mobilité. Les caméras Orthicon à tube sont montées sur des Citroën ID Break, puis sur des motos, et les images sont transmises par des cars régie. On est encore loin de la légèreté et de la portabilité du matériel, mais ces directs télévisuels et les équipes mobiles formées pour le reportage favorisent la naissance d’un cinéma qui tente de s’émanciper des contraintes des studios[2]. Le matériel professionnel ne répondant pas à ce désir d’émancipation, les cinéastes concernés utilisent des caméras amateurs, moins performantes mais bien plus maniables, pour des expérimentations qui feront date : Jean Rouch tourne Moi, un Noir (1958) au Niger avec une petite caméra 16 mm Bell & Howell Filmo 70 à ressort, d’autres feront de la Bolex H-16 la star de ces caméras fabriquées pour des amateurs qui imposeront, à la fin des années 1950, le format 16 mm comme sous-standard pour les professionnels.

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Texte nativement numérique

Créateur

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2020

Langue

fr

Format

text/html

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© TECHNÈS, 2020. Certains droits réservés.

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Date de modification de la fiche

2020-12-15

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