Le cas de la série Northern Exposure - Texte 7

Avec l’exploration d’univers parallèles (voir l’épisode 1 de la saison 6, intitulé « Dinner at Seven-Thirty »), la dimension onirique est centrale tout au long de la série, et reprend une innovation que Twin Peaks avait déjà amenée (Dale Cooper se servant d’informations obtenues dans un rêve afin de résoudre son enquête) et que les productions sérielles qui suivent embrasseront aussi, y compris Les Soprano, Lost et, de manière générale, l’ensemble du panorama actuel.

Le monde de Cicely détonne, car il ne se prête pas à une lecture selon les standards connus. Original et déroutant, il échappe, avec ses personnages aux multiples facettes, à des définitions simples. Ajoutons que, sur le plan des représentations, il innove en proposant des personnages de femmes, comme Maggie, dotées d’un caractère et de comportements davantage libérés que celui d’autres femmes sérielles (voir à ce sujet l’épisode 23 de la saison 3, intitulé « Cicely », dans lequel on découvre que la ville a été fondée par deux femmes lesbiennes). La série innovera également, en 1994, avec l’épisode 21 de la saison 5, intitulé « I Feel the Earth Move », qui met en scène un des premiers mariages gais de l’histoire de la télévision.

La dimension comique de la série réside dans les dialogues, riches en blagues selon les canons de la comédie de situation, mais marqués par une fréquence et un rythme plus lents, presque mélancoliques, qui permettent aux publics de se concentrer sur leur profondeur. Les interactions sont avant tout très humaines et demandent une attention aux détails (relatifs aux relations, aux lieux, mais renvoyant aussi à des interprétations du monde par la spiritualité) qui engagent les publics dans une expérience à plusieurs niveaux et tendent à une ouverture constante. La tendance intertextuelle typique du postmodernisme apparaît lorsque les épisodes citent d’autres séries ou films, comme dans l’épisode 5 de la saison 1, où Twin Peaks est parodié, et lorsque la philosophie est employée par les personnages afin de trouver des explications aux situations vécues, par exemple lorsqu’il est question du principe d’incertitude d’Heisenberg ou de Hegel et sa théorie de la dialectique. Un mélange de culture savante et de culture populaire est par ailleurs toujours présent : le personnage d’Ed, cinéaste, agit comme passerelle vers les citations de Woody Allen et justifie diégétiquement la présence de stars comme Peter Bodganovitch, qui devient un personnage de la série; dans certains épisodes, on voit débarquer à Cicely le Cirque du Soleil ou la compagnie de danse Mummenschanz, ou, par le biais de flash-back, des personnages historiques comme Freud, Jung, Franz Kafka, la princesse Anastasia ou Vladimir Lénine.

S’adressant à des publics prêts à la réflexivité et à la découverte, la série convoque la mémoire et ne serait pas pensable en dehors d’un panorama où l’innovation des formes s’agence à une possibilité d’expériences spectatorielles basées sur le contrôle, facilitée par les dispositifs technologiques comme le magnétoscope et la télécommande.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

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© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

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Identifiant

ark:/17444/84477h/4123

Date de modification de la fiche

2022-04-22

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