L’éthique de la restauration de films - Texte 3

Il est un aspect à l’égard duquel les praticiens de la préservation de films doivent se résigner et faire preuve d’humilité. En termes photographiques, le cours des générations ne peut être inversé. Il faut s’y faire : une copie 16 mm de cinquième génération ne sera jamais aussi bonne qu’une copie de première génération.

De la restauration à la recréation : le culte de la « complétude »

Et pourtant, l’approche « passive » promue par Bowser est loin de faire l’unanimité. Pendant longtemps, les historiens de l’art ont débattu des mérites respectifs d’une restauration « minimaliste » ou « conservatrice » par rapport à ceux d’une restauration plus « interventionniste ». Si l’on se base sur certains des cas les plus célèbres de restauration de films, la seconde approche s’est largement imposée, et ce, bien avant l’avènement du numérique. En ce qui concerne le cinéma muet, les projets de restauration ont souvent cherché à trouver un compromis permettant de concilier l’intégration, la conservation et le plaisir du spectateur.

Le caractère incomplet des copies d’archives est en soi intéressant, car ces pertes (quantitative, narrative, visuelle) sont un produit de l’histoire, et donc un témoin de celle-ci. Les raisons qui les sous-tendent sont toujours riches en enseignements. La nécessité de préserver tels quels, autrement dit intacts, ces objets de patrimoine – le seul choix sensé dans une optique de préservation – ne doit pas pour autant nous décourager de conduire des projets de reconstruction, pour autant que les motivations derrière ces projets soient énoncées avec clarté et honnêteté.

La restauration de 2010 de Metropolis

Cette approche raisonnée sous-tend le long travail de reconstruction du chef-d’œuvre de Fritz Lang, Metropolis. Cette entreprise a grandement bénéficié de la découverte d’une copie 16 mm au Museo del Cine Pablo Ducrós Hicken de Buenos Aires. Le film quasiment complet fut projeté à la Berlinale en 2010 sous les auspices de la Fondation Friedrich-Wilhelm-Murnau. Il était impossible de combler l’écart entre la qualité visuelle des précédentes versions et la très médiocre copie 16 mm trouvée en Argentine. Cela importait peu compte tenu du statut légendaire de ce film, mais les techniciens firent de leur mieux pour adoucir, lors du traitement numérique des images, le passage d’une génération du film à l’autre, sans gommer pour autant les différences entre les sources nombreuses de cette nouvelle version restaurée de Metropolis.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/827665/4385

Date de modification de la fiche

2022-07-31

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