Les transformations technologiques dans l’histoire du montage - Texte 4

Si les innovations telles que les écrans larges apportent quelques changements graduels dans les styles de montage, elles ne modifient pas la technique en tant que telle. Celle-ci demeure l’opération manuelle plutôt élémentaire décrite par Reisz dans la première édition de son ouvrage, opération qu’elle a été depuis les tout débuts du cinéma. Autrement dit, si les monteurs embrassent le type de progrès qui survient dans les autres dimensions techniques du cinéma pour créer de nouveaux effets, selon Reisz et Millar le montage lui-même doit, idéalement, rester une tâche aussi simple que possible sur le plan technologique.

Par exemple, le passage de la moviola aux systèmes de montage horizontaux plus sophistiqués constitue bien une avancée, mais celle-ci n’a pas bouleversé le travail du monteur. Toutefois, dans les années 1970 se profile une innovation qui va transformer de façon beaucoup plus durable l’opération de montage et dont les premiers signes se manifestent dans les productions télévisées où commencent à s’imposer les systèmes de montage vidéo.

Dans son ouvrage de 1993, Digital Nonlinear Editing, Thomas Ohahian décrit les nombreux systèmes de montage non linéaires de l’époque. Intégré à des systèmes informatiques très complexes, le montage devient alors très différent et beaucoup moins élémentaire : « Il n’y a pas d’ordinateur dans un système de montage horizontal, que des moteurs, de la pellicule et des pistes magnétiques. Quand ça ne marche pas, c’est généralement un défaut du mécanisme de freinage ou une ampoule qui a brûlé[6]. » En comparaison, les nouveaux systèmes informatiques sont beaucoup plus difficiles à maitriser. Leur fonctionnement étant complexe et inaccessible à l’œil nu, le moindre problème demandait l’intervention d’un expert. Malgré tout, sensibles aux avantages qu’ils procurent, Ohanian et d’autres étaient plutôt enthousiastes face aux potentialités de ces nouveaux systèmes.

L’arrivée des outils informatiques marque, à bien des égards, une transformation profonde. Les équipements mécaniques du montage ont peu changé durant les neuf premières décennies de l’histoire du septième art. Et voilà que tout à coup, en moins de dix ans, ils ont pratiquement changé du tout au tout. Les avancées technologiques précédentes ne semblent pas avoir eu une grande incidence. Si les ciseaux et la colle ont vite laissé place à des appareils mécaniques plus sophistiqués spécialement conçus pour cette tâche, le travail du montage est demeuré élémentaire, du moins sur le plan technique. De la moviola à la Steenbeck, les rubans de pellicule sont montés sur les rouages de l’appareil pour apparaitre sur des écrans de visionnement puis être découpés et assemblés les uns aux autres avec de la colle ou du ruban adhésif.

Vers le début des années 1990 apparaissent des systèmes informatiques qui permettent d’en finir avec la nécessité matérielle de couper et de coller les fragments. Les professionnels devaient alors choisir entre les nombreux logiciels disponibles. Au-delà de leurs spécificités, ces équipements entrainent tous un bouleversement dans les techniques de montage, puisque celles-ci cessent d’être strictement mécaniques. Dès que les images animées sont converties en données numériques, il n’y a plus de limites à la façon dont les systèmes peuvent permettre de les visionner, les traiter et les ordonner. Pour la première fois dans l’histoire du montage, les options deviennent abondantes.

Autrement dit, alors que les technologies mobilisées dans le montage « conventionnel » offraient peu de variété – presque tout le monde utilisait la moviola, jusqu’à ce qu’elle soit remplacée par des systèmes horizontaux dont il existait peu de versions différentes, la Steenbeck étant la plus populaire –, l’ère numérique s’accompagne d’une diversification des modèles. Les équipements mécaniques étaient contraints par la linéarité du ruban de pellicule. Tous devaient faire défiler la bande et tous le faisaient plus ou moins de la même manière. En revanche, on peut stocker, visionner et manipuler l’information des images numériques dans une multitude de formats.

Dans son livre, Ohanian mentionne des systèmes à bande magnétique comme BHP TouchVision, Ediflex et Montage; des systèmes utilisant des vidéodisques laser tels que CMX 6000, EditDroid et Epix; et des systèmes entièrement numériques dont le très populaire et puissant Avid, mais aussi DVision, EMC2 et Lightworks.

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Créateur

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

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© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

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Date de modification de la fiche

2022-04-25
2022-11-28

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