Montage: numérique - Texte 2
The Clock (Christian Marclay, 2010), par Annaëlle Winand
The Clock est une installation vidéo qui consiste en un montage de plus de 1000 séquences vidéo issues de films ou de la télévision qui mettent en scène des montres, des horloges et d’autres objets signalant l’heure. Le résultat est un montage, quelquefois qualifié de supercut, de 24 heures, projeté en temps réel : les images à l’écran sont donc le reflet exact de l’heure à laquelle le spectateur les découvre. L’enchaînement présente des séquences provenant de différentes époques et de différents genres, toutes repérées et organisées par une équipe d’assistants. Ces derniers étaient en effet chargés de regarder des films sur DVD, d’en extraire toutes les scènes dans lesquelles apparaît une mention de temps et, finalement, de les décrire dans un document. En parallèle, le travail de Marclay s’organise autour du montage, sélectionnant et montant les séquences (en les adaptant toutes à un même format d’image), à l’aide du logiciel Final Cut Pro. En s’inspirant de la manière dont Bruce Conner exploite le montage en jouant sur les coupures et les enchaînements entre séquences dans A MOVIE, Marclay exploite cette technique à l’échelle du numérique, tout en répliquant l’« hégémonie hollywoodienne de la continuité et de la production[19] ». Le processus de recherche et de montage a duré trois ans. Le son a par ailleurs été édité grâce au logiciel Pro Tools et avec l’aide de Quentin Chiappetta. Les projections de The Clock, quant à elles, sont organisées à l’aide d’un programme informatique développé par Mick Grierson, permettant de synchroniser les séquences à l’heure exacte de projection[20].
Le contenu et l’ampleur du projet de Marclay posent la question du montage à plusieurs niveaux. Au-delà du simple enchaînement de séquences, Marclay met de l’avant la dimension constructive du montage :
Tu te mets à réaliser comment un film est construit, des stratégies et des tropes qui sont constamment utilisés. Par exemple, si quelqu’un se retourne rapidement, tu t’attends à voir quelqu’un au plan suivant. Un acteur baisse les yeux et regarde sa montre et, soudain, tu as un gros plan de la montre. Mais si le premier plan est en noir et blanc et le suivant en couleur, tu sais que tu t’es fait avoir[21].
Ensuite, de par son ampleur, le projet ne pouvait être réalisé que dans un cadre numérique. Que ce soit en termes d’accès aux films et de leur visionnement, de collecte, d’agrégation et de partage d’informations, de duplication et d’extractions d’extraits ou encore de leur assemblage dans une œuvre d’une durée de 24 heures, The Clock relève de nouvelles approches grâce auxquelles se développent le réemploi et ses potentialités de montage, propres au contexte et à l’imaginaire numériques.
