Montage: numérique - Texte 1
Montage : numérique, par Michael Betancourt
Le montage numérique a permis le développement de trois approches distinctes de la pratique du réemploi, chacune ayant ses caractéristiques propres : l’appropriation (ou le collage)[9], le remixage (ou la transformation)[10] et l’intervention (ou le glitch)[11]. Les trois diffèrent quant au rôle qu’y joue le matériau original dans l’interprétation de l’œuvre qui le réemploie[12]. Dans le premier et le dernier cas, soit l’appropriation et l’intervention, la reconnaissance du matériau original n’est pas forcément importante, tandis que dans le remixage, la capacité du spectateur à interpréter l’œuvre comme résultant de la transformation d’un autre matériau original est essentielle[13]. Il y a peu d’échanges entre les différentes communautés utilisant ces trois approches[14]. Comme l’a fait remarquer, dès 1968, l’un des premiers concepteurs d’animation 3D, Ken Knowlton, la recombinaison numérique provient de la capacité à produire différentes versions d’une même séquence :
La vitesse, la facilité et les coûts réduits associés à l’animation par ordinateur permettent au cinéaste d’essayer plusieurs prises de la même scène — générant toute une famille de plans — desquelles il ou elle choisira celle qui lui plaira le plus, un luxe jusqu’ici impossible[15].
Ces trois approches ont en commun la production de variantes, que ce soit par l’artiste original ou par la pratique du réemploi. En effet, c’est la possibilité de combiner, de reconfigurer et d’entremêler plusieurs séquences de films – et non simplement le montage[16] – qui caractérise ces approches et les distingue de la vidéo ou du cinéma analogiques. Ici, la technologie numérique ne se limite pas à la table de montage, mais concerne aussi la tireuse optique[17]. De plus, la possibilité d’automatiser le montage, par le recours à des algorithmes et générateurs sélectionnant des séquences de films à partir d’une base de données et les assemblant sans intervention humaine, sont d’autres applications possibles[18].
