Panorama - Texte 1

Au tournant des années 1980 et 1990, dans le contexte nord-américain, on assiste à une multiplication des chaînes de télévision, à l’arrivée de nouvelles technologies d’enregistrement et de diffusion, ainsi qu’à une segmentation progressive des publics. Dans la presse, la critique et, plus tard, la production savante, de nouvelles formes de discours émergent, qui considèrent les programmes télévisuels de plus en plus comme des œuvres, ce qui opère des rapprochements avec le cinéma. Il s’agit d’un processus de transformations de l’industrie s’échelonnant sur plusieurs années et qu’on peut appeler « transition multichaîne[1] ». C’est un grand changement par rapport à une télévision qui, jusque-là, était conçue comme une expérience de broadcasting, c’est-à-dire de diffusion de contenus d’un point vers plusieurs autres points, avec des émetteurs hiérarchisés, organisés en réseaux et chaînes affiliées au niveau local. Les programmes étaient alors pensés pour plaire au plus grand nombre, dans un souci de réaliser des économies d’échelle. Quant aux publics, ils avaient la sensation de faire partie d’une communauté imaginée comme homogène, phénomène que Benedict Anderson qualifie de crucial dans le développement des sociétés modernes[2]. Dans le modèle de la télévision linéaire, les émissions sont pensées pour être intégrées à une grille de programmation plutôt rigide correspondant à l’identité de chaque réseau et structurée selon le calendrier civil, promouvant les effets de rendez-vous avec un programme de la part des publics et, ainsi, le sentiment de faire partie d’un « corps de spectateurs ». L’ère de la transition multichaîne met en question le rôle prépondérant du « flux » qui avait caractérisé la télévision jusqu’à ce moment-là. En effet, en 1974, Raymond Williams avait défini la télévision comme une suite ininterrompue de programmes, coulant comme un flot ou un flux, à concevoir dans un cadre culturel et industriel dominé par le principe du broadcasting, ou par des systèmes de pouvoir centralisés et une réception à l’échelle d’un territoire national[3]. Selon Missika et Wolton,

Tout coule dans un flot ininterrompu d’images sans hiérarchies d’intensité. Le pape s’agenouille et baise la terre, et maman lange bébé avec Pampers; Reagan reçoit une balle dans la poitrine et John Wayne sort son revolver; la speakerine vous sourit, deux hommes marchent sur la Lune, Dalida chante, Scapin bondit sur scène, des acteurs d’Hollywood bien nourris entrent dans la chambre à gaz[4].

D’une télévision qui vise à parler au plus grand nombre on passe, dès la naissance des chaînes câblées au début des années 1980, à une multiplicité de chaînes, donc à la nécessité, pour les publics, de sélectionner le contenu voulu et, pour les chaînes, de se construire une identité spécifique, selon des stratégies de communication précises. Du broadcast, on passe au narrowcast. De plus en plus de niches culturelles émergeront au cours des années 1990, lorsque les abonnements aux chaînes câblées deviennent significatifs dans le panorama nord-américain (en 1996, 65 % des foyers sont abonnés au câble) et lorsque ces chaînes commencent à proposer une programmation originale (des programmes scénarisés, comme les séries, ainsi que la téléréalité et d’autres programmes non scénarisés).

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Texte nativement numérique

Créateur

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

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© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

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ark:/17444/790057/3827

Date de modification de la fiche

2022-03-08

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