Une (plate)forme entre les médias - Texte 2
L’émergence d’une innovation technologique entraîne toujours son lot de débats portant sur l’appellation la mieux adaptée pour la nommer. Cet acte de nomination participe de son institutionnalisation en la légitimant[1]. Ce processus passe par le fait de désigner en quoi cette dernière se distingue d’un média qui lui préexiste. À ce titre, le néologisme « webdocumentaire » ou « web-documentaire », parfois abrégé en « webdoc », composé de deux noms préexistants, a, pour lui, la force de l’évidence[2]. Surtout utilisé à partir de 2008[3], ce terme renvoie de manière assez littérale à un documentaire dont le format est adapté à une diffusion en ligne (fragmentation des contenus audiovisuels, délinéarisation du récit, caractère hypermédiatique du format, etc.), par distinction du film documentaire (sous-entendu « non Web ») qui est, lui, pensé pour une projection en salle ou une retransmission télévisée. Le terme « webdocumentaire » met ainsi l’accent sur l’environnement sociotechnique dans lequel il s’inscrit. Il rend moins compte du fait que, comme l’explique William Uricchio, les internautes « prennent en main la construction de leur propre texte à partir des matériaux et du contexte qui leur sont donnés[4] ».
Moins utilisée, l’expression « documentaire interactif » caractérise ce nouveau type de productions culturelles en insistant sur les usages qui en sont faits (elle trouve son équivalent en anglais dans le terme « idoc », dont le « i » signifie « interactive »). En effet, si certaines interactions se limitent à passer d’une séquence animée à l’autre, il arrive que l’engagement attendu le rapproche du jeu sérieux ou de l’application pour téléphone intelligent, comme c’est le cas dans A Short History of the Highrise (2013). Cette prise en compte de l’usage conduit, parfois, à souligner la dimension participative du projet. En effet, il arrive que l’usager prenne part à la création des contenus du documentaire mis en ligne. Suivant les principes du Web 2.0, il est alors attendu de lui qu’il ajoute des commentaires directement dans l’interface, mais aussi parfois des images fixes ou animées. Par exemple, Man on Bridge (2014) repose sur la collecte de photographies conservées par chacun des utilisateurs du site. Ce dépôt conduit à peupler une base de données documentaires composées d’images pour lesquelles les usagers ont cédé leurs droits d’usage. L’équipe responsable du projet est ensuite libre de proposer différentes mises en intrigue de ces documents visuels.
