Le cinéma sonore - Texte 7
L’approche « pan-focus » de Toland et Welles s’appuie de plus fortement sur le fait que la BNC peut, contrairement aux caméras « blimpées », être munie d’objectifs ayant des focales aussi courtes que 24 mm. Combinés à la nouvelle émulsion négative ultrarapide Super-XX, aux coatings qu’on commence à appliquer à cette époque sur la surface des lentilles des objectifs afin d’en améliorer les propriétés optiques, et à l’usage de puissantes lampes à arc, ces objectifs grand angle permettent de créer la très grande profondeur de champ et les perspectives révélant les plafonds qui vaudront au film d’être défendu comme un moment clé dans l’histoire du réalisme cinématographique par des critiques tels qu’André Bazin. Ce dernier affirme en effet que le « récit de Welles ou de [William] Wyler n’est pas moins explicite que celui de John Ford, mais il a sur ce dernier l’avantage de ne point renoncer aux effets particuliers qu’on peut tirer de l’unité de l’image dans le temps et dans l’espace[12] ». Pour Bazin, ce réalisme relevant de l’esthétique des films « place le spectateur dans un rapport avec l’image plus proche de celui qu’il entretient avec la réalité », ce qui a pour conséquence de stimuler « une attitude mentale plus active et même une contribution positive du spectateur à la mise en scène ». Il représente par conséquent une contribution à l’histoire du cinéma au moins aussi importante que celle, plus thématique, associée au courant néoréaliste émergeant en Italie à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Le rationnement des années de guerre fait que peu de studios sont en mesure de s’équiper de caméras Mitchell BNC, mais les registres de la compagnie démontrent que les commandes pour cet appareil extrêmement coûteux explosent à partir de 1946. Des années 1930 aux années 1960, les caméras Mitchell NC et BNC sont omniprésentes dans les studios non seulement des États-Unis, mais de la planète. La compagnie a dès le milieu des années 1930 des représentants en Australie, au Royaume-Uni, en Italie, en Inde, en Égypte et au Japon[13]. Les caméras conçues par la compagnie californienne seront également fabriquées sous licence au Royaume-Uni (par Newall), ou copiées par des fabricants japonais (Seiki, ancêtre de Canon) ou soviétiques (la Moskva EC 32).