Le cinéma sonore - Texte 6
Le travail de Toland attire en 1940 l’attention d’Orson Welles, qui l’embauche pour tourner son premier film professionnel : Citizen Kane (1941). La contribution exceptionnelle de Toland au film est attestée par le fait que le générique du film crédite Welles de la « réalisation-production » et Toland de la « photographie » sur le même carton. Dans leurs séances de travail préparatoires, Welles et Toland s’entendent pour placer le réalisme au cœur de leur approche. Dans les mots de Toland, ils se donnent comme objectif de mettre en scène et de photographier l’action du film « de telle façon que les spectateurs se croient en train de regarder la réalité, et non pas un simple film.[10] » Toland explique :
Tout était planifié en fonction de ce que la caméra pouvait livrer à la vue des spectateurs. Nous étions d’avis que les coupes devaient être évitées autant que possible. Nous avons plutôt tenté de planifier l’action de façon à ce que la caméra puisse passer d’un angle à un autre par un panoramique ou un travelling à chaque fois que ce type de traitement nous semblait désirable. Pour d’autres scènes, nous avons préplanifié nos angles et compositions de façon à ce que des actions qui auraient ordinairement été montrées au moyen de coupes directes puissent être montrées par une seule scène de plus longue durée — dans bien des cas une scène dans laquelle une action importante pouvait se dérouler simultanément dans des points très distants l’un de l’autre à l’extrême avant-plan et l’extrême arrière-plan[11].
Plus compacte que les caméras « blimpées » alors employées par la plupart des studios, la BNC facilite l’exécution des mouvements de caméra occupant une grande place dans le récit du film.