Rencontres entre musique électronique et orchestre au cinéma - Texte 4
Aussi, on peut ressentir l’utilisation du delay, avec ce son répété chaque fois moins fort, comme un écho à ces humains « perdus » dans l’immensité de l’espace, mais aussi au sous-titre de l’affiche du film : « Dans l’espace, personne ne vous entend crier. » La lente alternance entre des passages harmoniques et les textures plus abstraites, soutenue par le panoramique calme de l’image, crée une sensation d’apesanteur, doublée d’une incompréhension. Il nous faut du temps pour pouvoir lire le titre, comme comprendre ce que l’image nous montre, et saisir la logique de ce que l’on entend. Ce mélange des genres dès le générique d’ouverture est probablement ce qui a amené Ridley Scott à déclarer : « [La musique d’Alien] semble jouer l’ADN d’une société éloignée[6]. »
John Williams, compositeur de Star Wars, utilise tout autrement les synthétiseurs. Dès les années 1980, il les intègre à l’orchestre, mais à des fins de renforcement de sonorités à travers des doublures, d’adoucissement, ou encore de mélange de timbres. Ainsi, nappes synthétiques et orchestre dialoguent durant la scène de la bibliothèque interdite dans Harry Potter and the Philosopher’s Stone (Chris Colombus, 2001). Les arpèges de harpe qui ouvrent la scène sont doublés par l’électronique, marquant d’autant plus l’apparition de la cape d’invisibilité. Puis, une nappe au caractère fantomatique accompagne, presque comme un effet sonore, l’utilisation de ladite cape, s’interrompant lorsque le héros enlève cette dernière. Toutefois, cela n’altère aucunement le goût de John Williams pour l’underscore[7], ici afin de souligner une phrase importante (« Who did gave it to you? ») avec le retour subtil à une texture orchestrale, puis le changement de plan et l’ellipse par une phrase de cordes graves. Ainsi, si Jerry Goldsmith intègre de manière structurelle l’électronique et vient créer une couleur globale à l’échelle du film, John Williams la met ponctuellement en avant et de façon proéminente, afin de faire ressortir le caractère étrange et la tension d’une scène.
