Le personnage-photographe au cinéma: de la prise de vues à la retouche, stratégies visuelles pour montrer l’envers des images comme elles se font - Texte 5
On scrute les « défauts » dont il faut se débarrasser : trop de lumière, ou pas assez, un angle à rectifier, une surface trop brillante. Ce que documente le film n’est ainsi pas seulement un travail minutieux sur le cadrage et l’éclairage, mais aussi sur l’intense et très problématique activité de retouche. Car ici, les êtres humains sont affairés à penser la photo comme peinture : cosa mentale. L’instant, son élaboration ou sa possibilité même, est construit, pensé, débattu, argumenté, ciselé, modelé. C’est ce que constitue en premier lieu Still Life : un travail de l’image, visant à éclairer le travail fait en vue de l’image, un ballet constant entre l’arrangement du profilmique, le couperet photographique, et le filmique qui les saisit.
Dans Bienvenue à Marwen (Robert Zemeckis, 2017), un ancien soldat, Mark Hogancamp, sort du coma presque entièrement privé de ses souvenirs, après avoir été sauvagement battu à la sortie d’un bar. Dans une forme de thérapie sauvage et spontanée, il édifie dans son jardin un village miniature, à l’échelle 1/6e, représentant un bourg fictif de Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale, qu’il nomme Marwen. Celui-ci est peuplé de poupées qui figurent des personnages représentant son alter ego, quelques amis ou antagonistes, ainsi que des soldates incarnant des femmes qu’il fréquente dans sa vie quotidienne. Cette galerie de personnages est mise en scène dans des situations cocasses, érotiques ou violentes, qu’Hogancamp immortalise dans des clichés photographiques, se fabriquant ainsi une mémoire neuve qui est simultanément une mise en scène, une mise en jeu et une mise en fiction du trauma dont il a été victime.
