Le Kinetoscope Parlor - Texte 3
Des États-Unis au Canada en passant par l’Europe, les auditions phonographiques combinées aux images animées connaissent un véritable succès[8]. Si l’on en croit L’Industriel forain[9], le Kinetoscope Parlor arrive en France dès 1894. Cet appareil déclenchera une vague d’expérimentations fondamentales pour l’avènement de l’industrie cinématographique : d’une part, Lumière, Pathé, Gaumont, Baron… ont vu et ont compris, à des degrés divers, la portée commerciale des photographies animées et, d’autre part, les auditions phonographiques combinées à celles-ci feront l’objet de dizaines de brevets. D’où le fait que, dans la relation du son avec l’image, nombre de systèmes demeuraient attachés au principe de deux appareils distincts : l’un pour l’oreille, l’autre pour l’œil. D’où également les glissements entre les expressions « combinaison du phonographe et du cinématographe », « association du phonographe et du cinématographe », « reproduction simultanée », puis « synchronisme », que l’on constate dans les textes ainsi que dans les expérimentations de chronophonographie[10].
Ainsi, pendant que le phonographe se perfectionnait et prenait place sur scène, des brevets d’invention (Auguste Baron, brevet FR 276.628 du 4 avril 1898; ou encore Louis Alfred Berthon, Charles François Dussaud, Georges François Jaubert, brevet FR 268.369 du 1er juillet 1897) envisagent dès la fin du XIXe siècle des systèmes pour la reproduction simultanée par combinaison et/ou association entre des scènes animées et les sons qui les accompagnent. L’expression « reproduction en simultanéité » soulignait l’existence de deux évènements distincts : d’une part, l’enregistrement des sons et, d’autre part, l’enregistrement des images, réalisés en même temps. Et étant donné que l’enregistrement s’appuyait sur le principe de la présonorisation, le « en même temps » était bien relatif : on demandait à l’artiste de mimer les paroles enregistrées sur le cylindre (ou le disque) qui était diffusé pendant la prise de vues. Puis, pendant la projection, le même cylindre ou disque était réentendu, cette fois-ci par le public. Le résultat est celui d’un film « qui est évidemment postsynchronisé, tourné en play-back, et dont l’effet ressemble plus à un enregistrement phonographique illustré qu’à l’enregistrement d’une tranche de réalité[11] ».
Or, l’emploi du terme synchronisme commencera à se manifester à partir des brevets déposés en 1900 : Henri Joly, brevet FR 296.067 du 11 janvier 1900 ; Henri Louis Huet, brevet FR 296.753 du 1er février 1900 ; Société L. Gaumont, brevet FR 312.613 du 11 juillet 1901; et bien d’autres par la suite. Le principe de combinaison mécanique entre deux phénomènes distincts laisse progressivement place à l’illusion de deux enregistrements qui sont faits et puis diffusés en même temps. Néanmoins, dans les salles obscures, le modèle des auditions phonographiques se poursuit.
