Conclusion

En ces temps que l’on pourrait qualifier d’» après la révolution numérique », des questions demeurent, aussi nombreuses que passionnantes, car elles touchent à l’identité de notre si cher cinéma. Qu’en sera-t-il de lui, de sa dynamique professionnelle et créative, de son imaginaire et de son public, de ses fenêtres d’accès, de ses hybridations multiples et de ses nombreux croisements avec d’autres lieux d’expressions, d’autres terminaux de livraison, d’autres genres et d’autres médias? Qu’en sera-t-il en particulier de la coexistence, sans doute malgré tout en voie de normalisation, entre salles et plateformes? Et quid des technologies en train d’advenir comme celles liées au Web3, au métavers et aux cryptomonnaies, à propos desquelles on annonce ici et là qu’elles vont permettre le développement de nouvelles applications reposant sur la chaîne de blocs (ou blockchain) – qui permet, on le sait, des opérations plus libres et plus décentralisées que jamais encore? Puisque ce sont des « innovations [qui] favorisent principalement la transparence et la traçabilité des financements dans l’industrie[1] », ces technologies nouvelles pourraient à terme garantir, pour les auteurs de films et les créateurs de contenus, une rémunération équitable, loin des pratiques qui ont cours actuellement dans ce multivers qu’est le cinéma, et loin de toute spéculation économique, dont on sait qu’elle est le moteur premier de l’exercice des Paramount, Sony Pictures Entertainment, Disney et autres Netflix de ce monde.

Dans l’esprit de ces réflexions et pour clore ce parcours, il nous semble opportun de revenir en quelques mots sur l’idée de la routine. Pour nous, la routine médiatique concerne toutes les composantes d’un média donné, soit tout ce qui relève de sa médiativité. L’étymologie du terme routine lui donne le sens de « petite route qu'on prend, toujours la même, par habitude[2] ». Tout média « stabilisé » posséderait ainsi ses routines plus ou moins institutionnalisées : routines de conception, de production, de diffusion, de réception… L’intégration du cinéma-en-salle sous un statut aussi figé que privilégié dans la fameuse chronologie des médias abordée supra en offre une illustration littérale.

Or, on voit bien que le numérique a bouleversé ces chemins, ces parcours fléchés que constitue chacune des routines du septième art. Cependant, et si, par rapport à la crise, le numérique représentait tout à la fois une cause et une solution? Ne vient-il pas en effet précipiter la fin de cette routine, de ce train-train sclérosé dans la manière de créer, d’organiser et de communiquer du cinéma, en proposant d’autres pistes de vitalité? En venant ébranler certains préjugés qui faisaient « obstacle au progrès », le numérique n’aurait-il pas eu alors l’effet – de nature proprement révolutionnaire – d’un coup de pied dans la fourmilière? Et, en termes de coup de pied, que dire de celui, dévastateur (?), que représente l’IA, cette bouleversante cristallisation du numérique, si effrayante pour certains, si magique pour d’autres. On retrouve ici encore notre inévitable mouvement de balancier : selon d’aucuns, un tel progrès signifie la mort du cinéma pour cause de rupture de l’élastique identitaire; pour d’autres, la situation s’apparente plutôt à une nouvelle naissance post-institutionnelle, à un redéploiement dans une vivacité certes étoilée mais puissante.

Une nouvelle naissance qui permettra de trouver de nouvelles voies, de nouvelles routines et une nouvelle vitesse de croisière à un cinéma dont la résilience pourrait même prendre des lignes de traverse insoupçonnées…

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