Ben-Hur et l’histoire technologique du montage analogique - Texte 4
Cette scène illustre bien l’élargissement de l’horizon des possibles ainsi que les effets découlant d’une analyse et d’une représentation de l’action selon des points de vue narratifs multiples. Ce changement a entrainé un nouveau besoin, celui de développer des systèmes de montage plus sophistiqués, ce à quoi l’invention de la Moviola est venue répondre. Il est toutefois difficile de déterminer si cette évolution vers une plus grande complexité en matière de montage est la cause ou la conséquence du progrès technique.
En effet, comme le souligne Brownlow, le montage « s’installa dans un professionnalisme solide vers 1918[4] ». L’auteur décrit ainsi le passage vers une ère où le montage n’est plus une tâche purement mécanique consistant à assembler bout à bout des bandes de pellicule, mais une véritable entreprise de composition dotée de ses propres codes d’écriture. Le montage devient alors pour l’essentiel un travail visant à organiser un ensemble considérable d’informations, puisque le nombre de caméras utilisées sur les plateaux ne cesse d’augmenter; informations qui sont ensuite agencées, selon des schémas synoptiques (et éventuellement phonétiques) plus ou moins complexes. Ce changement de paradigme constitue un tournant dans la perception du montage, et plus généralement celle du cinéma. Dès lors, les systèmes de montage deviennent donc avant tout des systèmes permettant de traiter et d’organiser de l’information. Si les technologies numériques marquent un point culminant en ce sens, la tendance se dessine donc déjà avec les tout premiers équipements conçus spécifiquement pour le montage, dont la Moviola.
Lorsque William Wyler porte à l’écran sa propre version de Ben-Hur en 1959, les chefs monteurs font face à de nouvelles difficultés techniques. Le réalisateur tourne son film avec la MGM Camera 65 pour écran large, en 65 mm, avec de nouvelles lentilles Panavision. Cet équipement produit des images plus riches en informations, plus détaillées et offrant des possibilités d’agencement beaucoup plus variées. Comme le souligne Peter Lev, son succès, qui débouche sur la mise au point du système Super Panavision 70, est tel que la Panavision réussit à s’imposer de facto comme le « standard hollywoodien »[5]. C’est ainsi que le format horizontal, permettant des compositions plus sophistiquées, s’érige en norme.
