Ben-Hur et l’histoire technologique du montage analogique - Texte 2
Si, comme le note Scott Higgins, certains avaient déjà expérimenté des formes de montage audacieuses, en particulier dans quelques « films à trucs », en règle générale, « avant 1906, les cinéastes traitent le plan-séquence comme une unité autonome présentant l’action dans un lieu donné et d’un seul point de vue[1] ». Réalisé à une époque où le montage commence à être envisagé comme une stratégie narrative, cette première version de Ben-Hur se compose d’une série de scènes. Le récit se pésente sous forme de tableaux dépeignant une suite d’événements qui culminent avec la mythique course de chars. Malgré tout, chaque séquence est un tout autonome au sein duquel l’action est filmée à partir d’un plan fixe, et donc d’un seul point de vue, sans la diversification qui découlerait d’un montage plus complexe.
La course est également tournée de cette façon. Le plan est centré sur les spectateurs qui voient les chars passer à intervalles réguliers. La caméra est statique et les cinéastes n’ont pas cherché à représenter cette course selon d’autres perspectives. La scène comprend toutefois des coupes pour raccourcir la durée de la course. Mais au-delà de ces ellipses, cette version ne dénote aucune volonté de multiplier les points de vue pour générer une structure narrative complexe.
En 1925, les studios MGM lancent une nouvelle adaptation réalisée par Fred Niblo. L’une des productions les plus élaborée et coûteuse de l’époque, ce long-métrage de près de 2 h 30 est une épopée en soi. Pour la première fois, la fameuse course de chars est construite de façon plus complexe, sur les plans tant visuel que dramatique. Lancée un an après l’invention de la moviola, elle illustre bien le potentiel de ce nouveau système et le contrôle qu’il offre sur l’ensemble du processus de montage :
Permettant un grossissement de l’image et un défilement à un rythme constant, grâce à un moteur électrique et un obturateur, la Moviola offrait plus de précision. Elle s’est donc rapidement imposée, car elle aidait les monteurs à atteindre les normes d’élégance et de fluidité du cinéma hollywoodien[2].
Le Ben-Hur de Fred Niblo est emblématique de cette « élégance » et de cette « fluidité ». La course de chars est une scène d’une richesse incroyable dans laquelle les perspectives sur l’action sont multiples, alternant à la fois des plans d’ensemble et des gros plans ainsi que des prises avec des mouvements de caméra aussi dynamiques qu’efficaces.
