Renouvellement des éléments par la perception spectatorielle - Texte 4
Nous pouvons tirer bien des observations de cette « création permanente de nouveauté ». Tout d’abord, ce concept explique pourquoi certaines musiques, au tempo plus soutenu et, incidemment, au temps davantage strié, tendront à paraître plus courtes que d’autres. Si la capacité de renouvellement de ces musiques est supérieure, elles maintiendront le spectateur dans un état de forte intensité cérébrale l’empêchant, de fait, de prendre conscience du temps qui passe sans que la tension entre nécessairement en jeu.
Prenons pour exemple une séquence particulièrement rythmée de Raiders of the Lost Ark, la course-poursuite dans le désert[5]. La musique de John Williams épouse le montage et la dramaturgie par son asymétrie métrique, tout en enrichissant l’image d’un contrepoint rythmique autonome et singulier (dialogues et réponses orchestrales) ainsi que d’une dimension thématique aux forts accents coloristiques (modulations, fragments modaux, polymodalité…). Cette dentelle musicale permet à une séquence de presque huit minutes, à la mise en scène élaborée, de s’écouler avec une grande fluidité.
