Danse/performance - Texte 1
L’opposition couramment faite entre le cinéma et les arts performatifs veut que ces derniers soient caractérisés par l’éphémère et l’impossibilité ontologique de les représenter en dehors de leur prestation vécue en direct et en présentiel. À ce sujet, Peggy Phelan déclare :
La performance n’a de vie que dans l’instant présent. Une performance ne peut pas être sauvegardée, enregistrée, documentée ou participer d’aucune façon dans la circulation de représentations de représentations : dès qu’elle le fait, elle devient autre chose qu’une performance… Une performance se déroule sur une période qui ne saurait être répétée[1].
La captation d’une performance ne serait donc jamais comparable à l’originale. Or, l’utilisation qu’on a pu faire de caméras d’action dans les domaines de la danse et de la performance présente une autre facette de ce débat, soit en délaissant l’opposition binaire entre performance éphémère et représentation cinématographique. Ce que nous montre une production comme Lodela (Philippe Baylaucq, 1996) – qui a couramment recours à des caméras de type Paluche fixées à différents endroits sur les corps de ses danseurs –, c’est qu’il peut exister d’autres formes de performances et de représentations. L’usage d’une caméra miniature portable dans ce film chorégraphique introduit effectivement la possibilité d’une performance entièrement redevable à la transformation qu’opère la captation cinématographique de la gestuelle propre au corps performatif. Dans Lodela, la Paluche est une caméra d’action, puisqu’on l’utilise pour produire des images dont le référent s’avère être le corps derrière la caméra plutôt que ce qui se produit devant l’objectif. En réalité, quand la caméra est montée sur un fragment du corps (main, jambe, tête, torse, etc.), les mouvements du corps entier sont perçus depuis ce point de vue unique qui en transforme l’apparence; ils deviennent étranges. L’image créée par cette caméra d’action n’est ni tout à fait celle vue « à la première personne » par le corps dansant ni celle qu’aurait vue le public lors d’une prestation[2].
