Alexandre Desplat, un renouveau du timbre symphonique hollywoodien : des sons programmés comme mise en relief de l’orchestration à l’effet magique - Texte 4
The Shape of Water offre une synesthésie entre un alliage de timbres spécifiques (accordéon, douze flûtes, sifflement) — corollaire de l’atmosphère singulière de conte exacerbée par les tonalités vert et bleu de l’image —, une imbrication d’instruments acoustiques et de timbres programmés, et un travail de mise en relief par l’enregistrement ou le mixage. Pour accompagner la déambulation lente de la caméra dans l’appartement immergé de l’héroïne principale, Desplat compose une valse en si bémol majeur connectée à l’élément liquide : une harpe, doublée par un piano électrique, égrène des arpèges ascendants et descendants qui semblent flotter avec les objets. Elle est accompagnée par des sonorités cristallines programmées comme le célesta, le marimba, le vibraphone et le vibraphone joué à l’archet, des cordes à la texture épurée (sourdine, pizzicato, sul tasto, harmoniques du violoncelle, violons répartis en stéréo). Avant que des volutes mélodiques ne s’élèvent de l’accordéon, épousant le mouvement des meubles qui effectuent une danse aquatique sous des rayons de lumière, le thème sifflé (appel de cet homme-poisson dont Elisa tombera amoureuse) est doublé par douze flûtes (quatre sopranos, quatre altos et quatre basses) qui avait été placées sur toute la largeur de l’orchestre, en arc de cercle, lors de l’enregistrement.
