Alexandre Desplat, un renouveau du timbre symphonique hollywoodien : des sons programmés comme mise en relief de l’orchestration à l’effet magique - Texte 8
L’effet magique : couleurs d’un symphonisme contemporain?
La texture sonore que Desplat crée pour évoquer la magie offre un syncrétisme renouvelant le timbre symphonique. Ce phénomène timbral est déjà perceptible dans la scène du flashforward de Twilight où Aro Volturi accède à la vision d’Alice, découvrant Bella devenue vampire aux côtés d’Edward. Il est également présent dans la scène où l’impératrice Aloï libère l’énergie qui va permettre de sauver sa planète (« Pearls Power ») dans Valérian, ou encore dans la séquence où l’or est révélé dans la rivière grâce à la potion chimique inventée par l’un des personnages dans Les frères Sisters (Jacques Audiard, 2018). Il s’agit d’un même geste compositionnel qui consiste à créer un éclatement kaléidoscopique des cordes divisées, acoustiques (Twilight, Les frères Sisters) ou électrifiées (Valérian), ne faisant résonner que des harmoniques « glissées » (le doigt glisse le long de la corde), le plus souvent sul ponticello, et prises en overdub. Cette texture spécifique des cordes hybridées par la machine forme un halo pointilliste autour des timbres diaphanes à connotation féérique (glockenspiel, célesta, harpe, vibraphone, voire flûte) et entre en osmose avec les halos lumineux : celui du visage de Bella alors devenue vampire dans la vision d’Alice, celui du champ électromagnétique engendré par l’énergie que libèrent les perles au moment précis où la magie opère dans Valérian, ou encore ceux des reflets verts de la rivière dans Les frères Sisters.
