Alexandre Desplat, un renouveau du timbre symphonique hollywoodien : des sons programmés comme mise en relief de l’orchestration à l’effet magique - Texte 7
La subbass, chez Desplat, quand elle est repérable pour elle-même, apparaît le plus souvent sous la forme d’un battement sinusoïdal réalisé avec Massive[8] — un logiciel de synthèse soustractive — ou un synthétiseur modulaire. Loin d’être une stimulation sensorielle (effet de sound design qui prend le spectateur au ventre), comme on peut l’entendre dans certaines musiques de Hans Zimmer (ou de Remote Control), cette subbass se connecte à l’orchestre pour symboliser, le plus souvent, de manière discrète, les inflexions sombres d’un personnage féminin. Dans Birth, elle intervient chaque fois que Sean, le mari d’Anna réincarné en enfant, donne rendez-vous à la jeune femme, afin de s’imposer à elle comme une certitude obsédante (intervalle de quinte de la subbass). Dans Twilight, ce même genre d’ondulation sourde en basse fréquence, agissant comme un battement de cœur dans le lointain, renforce l’attirance irréversible de Bella pour l’obscur (« Bella Dreams ») et semble signifier que tous ses actes sont mus par sa vocation à devenir une immortelle. De même, le Fender (ou piano électrique), quand il n’est pas la doublure fantôme d’un instrument ou une marque de modernité[9], se superpose le plus souvent au mouvement rythmique des arpèges en doubles ou en triolets de la harpe, du célesta ou du piano, afin de symboliser la quête — celle de Bella, qui veut devenir vampire pour rester aux côtés d’Edward dans Twilight, ou encore celle d’Einar, qui tend à devenir une femme dans The Danish Girl.
