De quoi la KMT est-elle le prototype ? - Texte 5
Surtout, il fallait rendre la caméra silencieuse. Or, son insonorisation pèse dans sa fabrication. Dans le film manifeste de Ruspoli, la KMT représente le prototype de la petite caméra légère et maniable : elle n’ébauche aucune des évolutions techniques qui ont permis à l’Éclair 16 de devenir la première caméra légère autosilencieuse (24-25 db). D’ailleurs, au stade de la conception industrielle, ce n’est plus l’idée de la petite caméra qui a influencé ce qui est nouveau dans la conception de l’Éclair, mais, au contraire, une caméra monumentale, la Mitchell. Les constructeurs de l’Éclair ont analysé longuement comment la firme américaine avait insonorisé sa caméra de studio pour concevoir, en 1934, le modèle BNC (Blimped Noiseless Camera). Concernant la mise au point au début des années 1960 d’une caméra de reportage 16 mm, tous — cinéastes, reporters d’actualités et constructeurs — étaient d’accord sur les objectifs à atteindre. Ces innovations, qui ne pouvaient être obtenus par des bricolages, ont été le résultat d’une longue industrialisation qui a permis d’insonoriser toute la mécanique de transmission, elle-même isolée dans une carapace : l’Éclair 16 est autoblimpée. La petite KMT n’a de prototypale que son utilisation, qui a permis de développer des techniques de tournage pour réaliser des films « expérience ». D’un côté, il y a le désir d’un appareil spécifique et de l’autre, la réalité de la machine. L’Éclair 16 est un compromis : elle est moins légère que la KMT, mais, portée au stade industriel, l’objet trouve sa cohérence pour répondre également à de nouveaux besoins industriels liés aux succès du reportage à la télévision française. L’Éclair 16 s’impose à partir du moment où elle est produite en 1963, même si son moteur ne permet pas encore de résoudre la question du synchronisme. Quant à la KMT, nous n’en avons aucune trace jusqu’à ce jour, ce qui participe à son mythe.
