La nature équivoque de la préservation cinématographique - Texte 1

La terminologie de la préservation ou l’anarchie sémantique

La vérité nue qui ressort de l’exercice de cinéma-vérité inversé entrepris dans ce parcours, c’est que le sens de la « préservation cinématographique » réside dans l’œil de celui qui la pratique, en particulier à l’ère numérique. C’est pourquoi un consensus terminologique est si difficile à atteindre. En ce sens, ce n’est pas demain que le cinéma et les autres disciplines artistiques parleront le même langage. Les définitions proposées ici ne sont que des références très générales susceptibles de stimuler et d’alimenter les discussions.

La préservation renvoie, pour une cinémathèque ou une institution d’archives, à un ensemble de principes, de procédures, de techniques et de pratiques nécessaires à la sauvegarde des éléments matériels existants, à la restauration du contenu et à l’organisation de l’expérience intellectuelle du cinéma de façon pérenne. Les objets de la préservation sont les suivants : 1) les supports physiques des films; 2) les équipements utilisés pour les projeter; 3) la salle obscure dans laquelle la projection a lieu; 4) les connaissances et le savoir-faire de ceux qui rendent cette expérience possible.

La duplication est l’ensemble des pratiques liées à la création de reproductions des images animées, que ce soit pour produire une copie de sauvegarde d’un original ou de ses éléments de conservation, ou encore pour projeter l’œuvre ou la mettre à la disposition du public sans pour autant compromettre son existence à long terme.

La conservation concerne toutes les activités permettant de prévenir ou de ralentir le processus physique de dégradation de l’élément conservé. Celles-ci devraient s’exercer avec discernement, en minimisant les interventions sur l’original. Leur but ultime est de maintenir l’œuvre de création dans l’état qui est le sien, et ce, aussi longtemps que possible.

La restauration est l’ensemble des procédures techniques, éditoriales et intellectuelles visant à compenser la perte partielle ou la détérioration d’un film. Elle aspire à redonner au film un état et une apparence identiques à ceux qu’il avait originellement. Le terme « restauration » n’a pas le même sens au cinéma que dans les autres disciplines artistiques en ce sens que, dans le premier cas, il suppose généralement la duplication d’un ou plusieurs éléments sources.

La restauration numérique est l’ensemble des procédures techniques et éditoriales visant, par traitement informatique, à rendre l’apparence de l’image animée aussi proche que possible de ce qu’elle était censée avoir à la sortie du film ou des intentions de son auteur. Les technologies numériques ont permis aux professionnels de la préservation d’accomplir ce qui jusque-là était inatteignable avec les méthodes photochimiques traditionnelles : la couleur, les contrastes et la stabilité visuelle peuvent être nettement améliorés afin que la qualité d’image apparaisse fidèle à celle de l’original, ou même, ce qui peut poser problème, supérieure à celle-ci. Utilisées avec discernement, ces ressources fournissent un complément précieux au processus de restauration analogique.

La numérisation est le processus consistant à convertir du matériel photographique analogique en fichiers numériques pour en faciliter l’accès au public. Cette accessibilité est la grande promesse du numérique : en théorie, des centaines de milliers de films réalisés et distribués à l’origine sur des supports en cellulose et en plastique pourraient maintenant exister dans une variété de formats et être diffusés auprès d’un public beaucoup plus large. La numérisation ne correspond pas à la restauration numérique dans la mesure où les images animées analogiques sont ici transformées en fichiers numériques, quel que soit leur état original.

La préservation numérique désigne l’infrastructure technologique garantissant l’accessibilité, pour le visionnement, d’images animées numérisées et restaurées selon des procédés numériques. L’industrie et les institutions d’archives s’entendent sur le fait qu’une telle infrastructure n’existe pas encore, en ce sens qu’aucune technique connue ne peut garantir que les images restaurées ou numérisées ne s’altéreront pas sur le long terme.

La reconstruction renvoie au processus éditorial permettant la création d’un nouvel élément de conservation (dont l’apparence est conforme à une version souhaitée et qu’on considère donc comme faisant autorité) au moyen de l’interpolation, du remplacement et du réassemblage de segments différents provenant d’une même copie, ou de l’intégration d’éléments provenant d’autres copies. On utilise également le terme « reconstruction » lors du traitement numérique pour désigner la reconstitution d’informations visuelles dans une image ou une série d’images endommagées.

La recréation est une interprétation imaginaire de ce que le film aurait été si – selon l’avis des artistes, des conservateurs ou des producteurs – certaines des parties manquantes ou la totalité de celles-ci avaient survécu. Cette approche consiste à exploiter des sources directement ou indirectement reliées au film dans le but de produire une représentation crédible, mais fictive, du concept original.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/56775h/4397

Date de modification de la fiche

2022-07-31

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