Le patrimoine des films amateurs: le passage des archives au Web - Texte 2

Depuis peu, les films de famille sont devenus une composante de notre patrimoine culturel et un sujet d’intérêt pour les archives cinématographiques et les institutions culturelles dans le monde entier. Ces films piquent aussi la curiosité des artistes, des cinéastes, des universitaires et plus généralement d’un nouveau type de public. Au cours des 20 dernières années, les centres d’archives ont déployé des efforts considérables pour valoriser le patrimoine constitué par ces films de famille du siècle dernier, pour en favoriser l’accès en tirant profit des possibilités et avantages de l’Internet, tout en documentant les processus d’archivage. Ce travail de conservation implique différentes activités nécessaires à la sauvegarde de ce matériel cinématographique longtemps négligé, comme la collecte, l’inventaire, la restauration, la numérisation, le recueil des récits oraux et le catalogage. Préserver ces films et les rendre accessibles au public d’aujourd’hui, au-delà de leur contexte familial immédiat, pose des défis liés au statut de ces documents. En intégrant un fonds d’archives, ces documents réalisés à l’origine en vue d’être partagés en famille, dans la sphère privée, deviennent publics et sont alors traités comme des témoignages de la vie quotidienne au XXe siècle, des fragments d’une mémoire collective. Cette transition du privé au public impose de resituer les films dans leur contexte historique, et les institutions d’archives jouent un rôle crucial à cet effet.

Le parcours archivistique que ces films suivent pour accéder à leur nouvelle vie publique comprend la conservation, les interventions numériques, mais surtout le processus de collecte des récits oraux, processus au cœur duquel figurent les cinéastes amateurs et leurs familles. Cette approche méthodologique transforme le travail de catalogage en processus actif et heuristique par lequel archivistes et documentalistes sont appelés non seulement à décrire les images, mais également à les interpréter et à les contextualiser. Il s’agit en somme de rechercher ce que ces images cachent ou taisent en surface, de faire resurgir les contextes sociaux, historiques et biographiques dans lesquels ces films furent réalisés.

Des centaines de cinémathèques aux quatre coins du globe, surtout dans les pays occidentaux, partagent aujourd’hui leurs collections de films de famille, en ligne, selon des approches très différentes : simple mosaïque de sites Web, catalogues, bases de données, dépôts et autres ressources en ligne donnent accès à des millions de films de famille accompagnés d’informations contextuelles plus ou moins détaillées.

Tous ces films structurés de multiples façons, donnant un aperçu de la vie quotidienne publique et privée, dans des cadres tantôt publics tantôt privés, composent une sorte de fresque animée et toujours en devenir du XXe siècle. Chacun offre un regard personnel mis à la disposition des historiens, des sociologues, des anthropologues et autres chercheurs, mais aussi d’une nouvelle vague de cinéastes, d’artistes et d’internautes. Ceux-ci peuvent non seulement visionner les films, mais aussi en recycler, en contextualiser, en recadrer et en réinterpréter les images en les intégrant dans de nouveaux projets artistiques ou historiques. Dans ce vaste paysage, on se doit de mentionner certains des principaux portails américains et européens représentatifs des différentes approches adoptées dans la mise en ligne de ces collections.

En France, pays doté d’une longue tradition dans ce domaine, on notera en priorité le projet Mémoire normande réalisé par Normandie Images qui, en plus de l’accès habituel à une base de données à partir de mots clés, offre divers parcours thématiques. Ciclic Centre-Val de Loire, unique en son genre, a diffusé plus de 12 000 films de famille et offre aux internautes la possibilité d’alimenter le catalogue en soumettant un formulaire en ligne. Enfin, le projet Cinémémoire : cinémathèque marseillaise de films amateurs se consacre au patrimoine filmique de toute la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et se spécialise aussi dans les films inédits provenant des anciennes colonies françaises ou réalisés par des femmes, un corpus minoritaire dans cette pratique du siècle dernier.

Aux Pays-Bas, l’un des premiers pays européens à avoir créé une cinémathèque nationale de films de famille au début des années 1980, le Smalfilmmuseum de Hilversum propose l’AmateurFilm Platform. Ce site rassemble les collections de films de différents centres d’archives et cinémathèques néerlandaises, en particulier celles de l’Institut national du son et de l’image (Nederlands Instituut voor Beeld en Geluid) qui a acquis les collections de films amateurs du Smalfilmmuseum en 2006. Les internautes naviguant sur cette plateforme peuvent suivre différents parcours thématiques préparés par les archivistes, tels que ceux sur la Libération des Pays-Bas ou sur la vie aux Pays-Bas dans les années 1950.

L’Italie a développé le projet Home Movie Archives and Home Movie Collection Survey, commandité par l’Institut central des archives (ICAR-Istituto Centrale per gli Archivi), qui a lancé dix collections de films de famille provenant de trois centres d’archives différents – Cineteca Sarda (Cagliari), Superottimisti (Turin) et Cinescatti (Bergame). Les films sont accessibles sur le portail web du Système d’archives national, dans un format ressemblant aux webdocumentaires biographiques. Ces webdocs ont été réalisés par l’archiviste et le commissaire du projet à l’aide du logiciel Klynt. L’ensemble permet de suivre l’histoire de plusieurs familles italiennes en diachronie tout au long du XXe siècle. Les films sont accompagnés d’informations (rassemblées pendant le processus d’archivage) présentées dans des intertitres et des sous-titres.

Enfin, l’importante base de données américaine Home Movie Archives Database (HMAD) mérite d’être évoquée. Elle comprend des collections de plus de 200 centres d'archives cinématographiques et bibliothèques universitaires, une mine d’or s’offrant à l’exploration et à la découverte.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Fiorini, Karianne

Contributeur

Bonnard, Martin (responsable du parcours)

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/513043/4300

Date de modification de la fiche

2022-05-28
2022-11-01

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