Une brève histoire du scénario et de la scénarisation - Texte 1
L’histoire du scénario et de la scénarisation ne peut pas se faire sans porter une attention particulière à la fois aux mots et aux choses, aux discours et aux pratiques, aux divers documents préparatoires et aux noms qu’on leur a donnés, aux gens qui les ont produits et à leur statut dans la chaîne de production, ainsi qu’à la division du travail et à la professionnalisation des métiers qui ont structuré ces activités. Appliquer indistinctement les mots scénario et scénarisation à tous ces documents et à toutes ces activités préparatoires confère rétrospectivement une cohérence et une continuité bien illusoires à une réalité très complexe[1]. En fait, les mots et les choses, les discours et les pratiques ont changé d’un moment à l’autre, d’un lieu à l’autre, selon le contexte historique et social, le pays, la période, l’industrie, la compagnie, l’œuvre, les personnes, etc. La nomenclature est souvent instable et l’évolution, non linéaire[2]. Mais le cas américain est exemplaire, dans la mesure où l’industrialisation du cinéma et la standardisation du scénario s’y sont produites tôt et rapidement.
Aux États-Unis, la manière de concevoir et de préparer un film et la place de l’écriture dans ce processus varient suivant l’organisation de la production, selon qu’elle est centrée sur le caméraman, le réalisateur ou le producteur[3]. Au tout début de l’histoire du cinéma, alors que les films sont courts, le caméraman choisit le sujet, le capte ou le met en scène sans autre préparation. Le seul texte d’accompagnement est alors le synopsis du film, souvent une seule ligne, rarement plus qu’un paragraphe, qui apparaît dans le catalogue des maisons de production pour faire la promotion des films et aider le bonimenteur à les présenter au public.
