Les principes de la restauration selon Eileen Bowser

Dans son essai de 1990 intitulé « Some Principles of Film Restoration[1] », Eileen Bowser – qui a longtemps œuvré à titre de conservatrice pour le Museum of Modern Art – énonce les cinq principaux objectifs de la restauration de films :

  1. Préserver l’élément négatif ou positif tel qu’il a été acquis, avec un minimum de corrections, si possible aucune, et ce, quels que soient son degré de complétude et sa structure interne.
  2. Ramener le film à un état aussi proche que possible de celui dans lequel il était lorsqu’il était projeté à l’époque de sa sortie.
  3. Présenter une version du film exprimant aussi fidèlement que possible les intentions de l’artiste ou de l’entité commerciale l’ayant produit.
  4. Rendre le film accessible dans un format pouvant être apprécié par un public d’aujourd’hui.
  5. Faire en sorte que le film devienne le matériel source de nouvelles œuvres de création adaptées ou dérivées de cet original.

Une sixième catégorie – préserver le film tel qu’il a été vu par les générations suivantes de spectateurs – a été proposée par des auteurs, mais cet objectif n’est en fait qu’une variation sur le premier et le cinquième. Lorsqu’elle décide d’acquérir une copie, une institution s’engage à préserver celle-ci peu importe la version, la génération ou l’état du film; s’il en avait été autrement, le film n’aurait pas été accepté dans les collections de l’institution.

Il existe une hiérarchie entre les différents principes énoncés par Bowser. Le premier surpasse tous les autres, car il renvoie à la mission principale de toutes les institutions patrimoniales : sauvegarder et rendre accessibles les témoins de l’histoire et de la culture tels qu’ils nous sont parvenus et les protéger des interventions et déformations futures. Avant de modifier l’apparence d’un film en vue d’atteindre un ou plusieurs des quatre autres objectifs, il faut nécessairement respecter le premier objectif.

Bowser articule cette visée éthique en trois principes généraux :

  1. Tous les procédés de préservation cinématographique doivent être réversibles.
  2. Une fois acquis, l’objet ne doit subir aucune altération.
  3. Le travail de préservation doit toujours être documenté, de façon que les choix et les procédures mis de l’avant par les conservateurs puissent être évalués par d’autres et, au besoin, corrigés.

Or, si les conservateurs et les chercheurs s’entendent pour garder la trace de tous les gestes posés sur le film durant le processus de préservation, cette promesse n’a en réalité presque jamais été tenue. Les techniciens sont particulièrement réticents à documenter leur pratique par écrit. Quant aux conservateurs, ils sont souvent incapables d’aller au-delà de la production de rapports très sommaires ou généraux, quand ils ne s’y refusent tout simplement pas.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/44121m/4402

Date de modification de la fiche

2022-07-31

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