L’enregistrement et la transmission électrique des sons… et des sentiments - Texte 5
Quarante ans plus tard, Les magnétiques (Vincent Maël Cardona, 2021) reconstitue les débuts en France des radios libres et joue avec la création audio (micros, magnétophones, haut-parleurs). De jeunes gens vivant dans une petite ville de province y montent une radio pirate au cours de l’année 1981, les ondes venant d’être libérées par François Mitterrand, fraîchement élu. L’un d’eux est le roi des improvisations au micro, alors que son frère, très timide, manipule les sons avec dextérité, mixant des bandes magnétiques pour obtenir des enchaînements de morceaux de rock mélangés avec des cris, des paroles ou des bruits variés. Mais ce dernier, appelé pour son service militaire, ne peut pas continuer à le seconder sur les ondes de la radio libre. Se retrouvant dans le secteur français de Berlin-Ouest, Philippe persévère cependant dans ses expérimentations sonores dans les studios de la BFBS (British Forces Broadcasting Service) et produit même une œuvre sonore en direct sur les ondes en faisant tournoyer des micros au-dessus de haut-parleurs, jouant avec les larsens et le délai au cours d’une improvisation digne des créations de Pierre Henry et Pierre Schaeffer. Près d’un siècle après sa mise au point, cette fiction met ainsi en avant la technologie du son par laquelle un héros timide arrive à s’exprimer de façon poétique, non pas en utilisant sa propre voix, mais en jouant avec les techniques analogiques d’enregistrement et de transmission.
