L’enregistrement et la transmission électrique des sons… et des sentiments - Texte 1
Les films de cinéma utilisent régulièrement les dernières technologies comme éléments moteurs de l’action : à partir de la généralisation du parlant, celles liées au son ont fréquemment pu servir à attirer l’œil et l’oreille du spectateur. Aux États-Unis, le « son électrique[1] », d’abord utilisé à la radio (1922), puis pour les discours amplifiés avec micro et haut-parleur au milieu des années 1920, et dans les systèmes de tourne-disque électriques vendus à partir de 1925, se généralise avec le cinéma parlant entre 1926 et 1934[2], tandis que, parallèlement, un média électrique commence à se développer, la télévision. Tous ces médias sont utilisés dans les films parlants, puisqu’ils permettent à la fois de montrer les « dernières technologies » et de faire entendre du son électriquement transmis.
Dès 1936, The Singing Cowboy (Mack V. Wright, 1936), film de série B produit par la petite société de production Republic Pictures, met en scène la transmission en direct de numéros chantés à travers un système de télédiffusion ramené à une simple antenne. Dans ce « western moderne », Gene Autry apparaît sous son propre nom dans le rôle d’un cavalier chanteur faisant la promotion d’une marque de café afin de réunir assez d’argent pour l’opération d’une jeune orpheline paralysée. Le nouveau média permet ainsi de toucher les gens dans leurs foyers, et la publicité diffusée sur des récepteurs de télévision aide le chanteur, vedette du disque, de la radio et du film, à gagner rapidement de l’argent.
Les nouveaux médias électriques servent en effet à communiquer avec des foules immenses. Au début de La règle du jeu (Jean Renoir, 1939), un reporter veut obtenir, pour les transmettre en direct sur les ondes, les réactions d’un aviateur après un exploit. Par le truchement de la radio (camion de transmission, micro), tout le monde entend le jeune pilote réagir vivement, car il ne pense alors qu’à communiquer avec celle qu’il aime. Renoir joue de cette façon avec l’idée d’un média de masse qui transmet les sentiments amers et intimes de l’aviateur déçu de ne pas revoir la femme pour laquelle il a accompli une traversée de l’Atlantique.
