Le montage numérique : au-delà du montage - Texte 6
Comme les récits linéaires et les récits non linéaires ont existé de tout temps, le simple fait de monter les films de façon non linéaire incitera peut-être les cinéastes et les monteurs à prendre plus de risques et à expérimenter de nouvelles formes narratives. Cependant, ce scénario ne coule pas de source dans la mesure où la non linéarité est à la fois « une réalité technologique » des systèmes numériques et une « posture philosophique et esthétique[10] » présente et envisageable, ou non, dans l’esprit des artisans du cinéma et de leur public; posture que Dancyger invite les cinéastes à explorer et à exploiter : « La linéarité remplit une fonction. Elle ne disparaitra donc pas. Mais la non linéarité se manifeste aujourd’hui avec force. L’ère numérique exige d’investir de nouveaux styles narratifs appropriés au public fragmenté caractéristique de son époque[11]. »
En résumé, Dancyger et d’autres commentateurs livrent une appréciation nuancée de l’impact du montage numérique, ne perdant jamais de vue la distinction entre le progrès technique et les choix esthétiques. La plupart admettent que le premier ouvre des horizons et de nouvelles possibilités, mais ils insistent sur le fait que celles-ci ne se matérialiseront que grâce au travail original des réalisateurs, dont la créativité n’est en aucun cas dépendante d’une technologie donnée. Dans l’ensemble, les professionnels accueillent bien le changement. Ils sont enclins à observer et à explorer les occasions offertes, sans tenir pour acquis qu’elles auront un effet direct ou immédiat sur les styles cinématographiques ou sur l’essence même du septième art, lequel reste d’abord et avant tout une entreprise de création.
