Les trois pôles du cinéma direct : France, Canada et États-Unis - Texte 4

Sa découverte par Jean Rouch à l’occasion du Flaherty Seminar en 1959 inaugura les liens cinématographiques productifs entre le Québec et la France autour du cinéma direct. Pour la suite du monde, coréalisé par Pierre Perrault et Michel Brault (1963), est le fruit de cette réflexion et de ces échanges. Sur le plan technique, l’ONF est le lieu privilégié de l’innovation : les cinéastes permanents y bénéficient de l’apport d’ingénieurs de services techniques intégrés. Plusieurs prototypes légers et synchrones y ont été élaborés à partir des caméras Auricon et Arriflex, et le film bénéficie d’un procédé expérimental d’intensification de la pellicule permettant de tourner en intérieur sans éclairage additionnel.

Pour la suite du monde annonce l’édification d’une cinématographie québécoise et la maturité esthétique du cinéma direct en proposant une forme et une méthode destinées à offrir aux habitants de l’Isle-aux-Coudres, et au Québec, une mémoire cinématographique. Perrault et Brault avaient en commun de vouloir participer à l’action filmée; tel était pour Pierre Perrault le sens du « cinéma vécu ». Le film tout entier relève d’une mise en situation – l’organisation de la pêche à l’instigation des cinéastes – , mais ces derniers s’effacent au profit de leurs personnages et de « l’action parlée » (selon la formule de Pierre Perrault). Ainsi, les Français et les Québécois avaient en commun de pratiquer la « caméra participante »[3], que les Étatsuniens, de leur côté, récusaient avec vigueur.

Le cinéma vérité étatsunien émerge à l’initiative de Robert Drew, rédacteur et reporter au magazine Life qui a obtenu le financement de Time Inc. pour construire l’équipement qui permettrait de développer un pendant télévisuel du reportage photographique moderne. Drew voulait apporter une alternative aux programmes à caractère documentaire produits par la télévision américaine : The March of Time, produit par Louis de Rochemont et caractérisé par la « voix de dieu », et See it Now!, basé sur les entrevues du commentateur vedette Edward R. Murrow. Il réunit pour ce faire une équipe de cinéastes, techniciens et ingénieurs, parmi lesquels Donn Alan Pennebaker, Albert Maysles, Terence Macartney-Filgate et Richard Leacock, qui avait été l’assistant de Robert Flaherty. Ils modifient une caméra Auricon 16 mm et obtiennent un synchronisme approximatif avec un enregistreur Nagra au moyen du diapason d’une montre Accutron de la marque Bulova.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2020

Langue

fr

Format

text/html

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© TECHNÈS, 2020. Certains droits réservés.

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Identifiant

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Date de modification de la fiche

2020-12-15

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