Les trois pôles du cinéma direct : France, Canada et États-Unis - Texte 3
C’est en réaction à la tradition du documentaire gouvernemental que les cinéastes de l’Office national du film du Canada, fondé par John Grierson en 1939, ont bousculé les usages de l’institution à la faveur du renouveau suscité par l’avènement de la télévision. Colin Low, Wolf Koenig, Terence Macartney-Filgate et Roman Kroitor, à l’origine de la série Candid Eye (1958-1961), rejetaient le scénario, le trépied de la caméra et le recours au commentaire. Les cinéastes francophones de l’ONF se sont engouffrés dans cette brèche libératrice pour mettre l’outil cinématographique au diapason du mouvement d’affirmation identitaire qu’a été au Québec la Révolution tranquille. Or, celui-ci contrariait l'idéal d’unité nationale qui fondait une institution fédérale telle que l’ONF. C'est donc en détournant une commande que Michel Brault, Marcel Carrière et Gilles Groulx réalisèrent Les raquetteurs en 1958, souvent considéré comme le premier film de cinéma direct, bien qu’il n’en soit techniquement que le « degré zéro », puisqu’une seule séquence y est tournée en son synchrone. Cette première tentative et le rejet du téléobjectif manifestaient, il est vrai, le désir des cinéastes de « s’approcher des gens avec l’image et le son, de les connaître dans leur univers sonore »[2].
