Le téléphone au cinéma: de la transmission vocale aux inventions audiovisuelles - Texte 5
L’usage de l’égoportrait (selfie), photo ou vidéo de soi-même enregistrée avec la caméra frontale de son téléphone, se retrouve également au cinéma et permet d’explorer, de reproduire, d’imiter ou d’interroger les gestes contemporains d’autoreprésentation et de mise en scène de soi. Héritiers du dispositif qu’est le peep-show, déjà évoqué, les plateformes de diffusion en continu en direct (et en particulier les chaînes de contenus érotiques) invitent à la mise en scène d’un échange déséquilibré : deux personnes peuvent discuter, alors que seule l’une d’elles est visible pour l’autre. Jacques Audiard crée ainsi un personnage de camgirl dont la ressemblance troublante avec l’une de ses spectatrices est l’un des moteurs narratifs de son film Les Olympiades (2021).
Alors que les desktop films ont utilisé l’écran d’ordinateur comme caméra et comme décor, par exemple dans le cinéma d’horreur (Unfriended, Levan Gabriadze, 2014), d’autres s’aventurent enfin sur le terrain de ce que l’on pourrait appeler le « phone-screen film », un film réalisé à partir d’un écran de téléphone intelligent. C’est le cas du court-métrage Je ne t’aime pas (Tommy Weber, 2018), qui s’empare de diverses applications pour construire une fiction du point de vue du téléphone du personnage principal. Ce type de film, dont le format vertical semble peu adapté à la projection en cinéma, pourrait connaître un certain essor dans les années à venir, à mesure que se multiplieront les canaux de diffusion d’œuvres audiovisuelles à visionner directement sur son téléphone.
