Absence et exacerbation de l’influence musicale sur la perception du temps - Texte 2
L’effet complètement inverse peut être souhaité. Nous citerons Zéro de conduite (Jean Vigo, 1933), dont la musique de Maurice Jaubert est entendue par inversion du sens de lecture de l’enregistrement d’une musique elle-même jouée en rétrograde (le compositeur aura gravé la partition dans son sens contraire pour les musiciens). L’effet est tout à fait étrange, comme le précise Vladimir Jankélévitch, cité par Paul-Emmanuel Odin : « Le renversement du renversement ne rétablit jamais les choses tout à fait à l’endroit[2]. » Et comme le dit Paul-Emmanuel Odin à partir des écrits de Paulo Emílio Salles Gomes, la musique « donne le ton au désordre[3] » pour rendre sensible le « rythme interne[4] » des images. Ce refus de l’expressivité musicale en tant que telle et la recherche d’une musique décorative le conduisent à appréhender l’accompagnement des scènes sous un angle plus conceptuel, que le spectateur ne conscientisera pas nécessairement, comme une forme inconnue de dissonance. Dans le cas présent, ce « faux-endroit » s’apparente en réalité à « un temps en déséquilibre[5] » : « cette « musique où la résonnance des instruments ne peut pas s’accorder à la ligne mélodique puisqu’elle va à contre-courant. Une telle contradiction au cœur de la musique produit une haute marée poétique, une pulsion vitale[6]. »
Également dans l’optique d’une pulsion vitale déployant un rythme à l’intérieur de l’image, la transposition du glissando Shepard-Risset du paramètre de la hauteur à celui du rythme offre cette fois une illusion d’accélération (ou de ralentissement) perpétuel. Un exemple concret peut se trouver dans le court-métrage MAT (Aurélien Charpy, 2021), dont la musique est composée par Adrien Sassier, l’un des co-auteurs du présent texte.
