Technique mon beau souci - Texte 1
En décembre 1931, Émile Vuillermoz publie dans Cinémagazine[1] un article qui a pour titre « Incompréhension[2] ». Ce titre pourrait à lui seul s’appliquer aux pages des revues de cinéma dans lesquelles se développe un discours au sujet du nouvel art : personne ne sait précisément ce qui se cache derrière le terme de « technique », mais tout le monde tient pour acquis que le cinéma comporte une dimension technique. S’agit-il du matériel — caméra, projecteur, lampe —, des lieux de réalisation et de projection qui demandent, dans leur construction, un minimum d’aménagement technique — électricité, équipement, dispositif sonore —, des supports à utiliser et/ou à favoriser — la fabrication du film vierge, le négatif, le positif, le film inflammable, l’ininflammable —, des procédés à développer et/ou à commercialiser — Vitaphone, Movietone, couleur, relief —, de ce que Jean Arroy appelle « l’alphabet visuel »[3], c’est-à-dire des éléments contribuant à l’esthétisme des images et des films — angle, surimpression, déformation, cache, fondu —, ou encore de tout ce qui va amorcer la marche vers le cinéma sonore et parlant — enregistrement des sons, des voix, microphones, sous-titres, doublage? Toutes ces acceptions sont regroupées sous le seul terme de « technique », ce qui rend ce dernier fécond, mais imprécis…
La construction d’un imaginaire des techniques cinématographiques se développe selon cette pluralité d’acceptions et montre un usage répété de tout ce qui peut se rapporter aux techniques. Et malgré un flou qui ressort de la lecture des pages des revues cinématographiques, un constat s’impose : la nature mécanique du cinéma, même si elle n’apparaît pas toujours au fondement de telle ou telle vision du cinéma, a une place et constitue un enjeu à prendre en compte dans le développement d’une histoire du cinéma construite par les discours. Les textes témoignent parfois d’une incompréhension de ce qu’est cette technique, mais un imaginaire des techniques cinématographiques se déploie pendant la période 1925-1932, soutenu par des propositions textuelles multiples et rappelant que, derrière des aspects techniques précis, le cinéma demeure une forme d’art tributaire de l’interprétation de ceux qui le regardent.
