Méthode 1, l’utopie du direct - Texte 3

Pour Mario Ruspoli, la technique était l’alliée des meilleures ambitions humaines et devait constituer pour l’équipe de cinéastes une « seconde nature ». Ainsi, le film fait l’éloge de la portabilité et souligne la complémentarité entre le corps de l’homme et la machine : les pieds de l’opérateur remplacent le trépied, et la caméra légère est une deuxième tête qui conditionne une nouvelle réceptivité. L’équipe tout entière forme un corps en osmose, capable d’une « pensée collective simultanée », et ses membres sont reliés entre eux par le « fil de synchro » qui règle la chorégraphie d’ensemble et symbolise une connaissance mutuelle nécessaire. Une virtuosité est nécessaire – rapidité, précision, sélectivité —, mais les aptitudes techniques doivent s’effacer au profit d’une compréhension intuitive des comportements humains. Cette configuration – légèreté, mobilité, symbiose – permet l’immersion et la participation des « Martiens », qui revendiquent leur appartenance à la réalité qu’ils filment.

Dans le film, Mario Ruspoli souligne, à l’instar de Louis Marcorelles, que l’avancée la plus innovante du cinéma direct est l’accession à la « totalité sonore » et à « la parole vivante »[5]. En témoigne la volonté de Pierre Lhomme de porter un casque d’écoute pour entendre ce que capte le micro et pouvoir subordonner les images au son. Cela implique une transformation profonde des savoir-faire : le caméraman apprend à écouter, le preneur de son apprend à regarder et à anticiper les événements sonores et les mouvements de l’équipe. La conquête du son synchrone est donc aussi celle du lien, entre les membres de l’équipe — grâce au fil de synchronisme — et entre cette dernière et le monde dans lequel elle s’immerge. Cette nouveauté transforme également le travail de montage, l’œuvre prenant forme à partir du contenu verbal[6]. La mutation à l’œuvre est par ailleurs celle du spectateur qui doit réapprendre l’écoute et le regard.

Méthode 1 repose sur un dispositif double : deux équipes qui finissent par se faire face et un montage qui prend la forme d’un feedback, un retour sur l’expérience cinématographique qui place la question du potentiel politique et épistémologique du cinéma au cœur du film. Il met aussi en évidence l’état de « dédoublement » inhérent à l’acte de filmer : Mario Ruspoli apparaît successivement derrière et devant la caméra, assumant tout à la fois le « nous » de l’équipe et le « je » du réalisateur. Ainsi se trouve affirmée une qualité de présence au monde qui fonde la spécificité du cinéma direct pour Ruspoli : l’engagement et la participation du cinéaste dans la société, son implication personnelle et sa responsabilité.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2020

Langue

fr

Format

text/html

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© TECHNÈS, 2020. Certains droits réservés.

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Identifiant

ark:/17444/239411/2406

Date de modification de la fiche

2020-12-15

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