Le discours sur les séries - Texte 2

En partant de séries comme Dallas (CBS, 1979-1991), Miami Vice (NBC, 1984-1989) et Hill Street Blues (NBC, 1981-1987), et en élargissant le panorama pour y inclure des programmes d’autres genres que la fiction, John Thornton Caldwell, dans Televisuality[6], résume les caractéristiques de la télévision des années de la vidéo et ses innovations sur les plans esthétique et narratif par les points suivants : 1) la représentation de groupes minoritaires, 2) le langage, 3) l’innovation sur le plan formel, 4) l’apparition des séries chorales et des night-time soaps, et 5) des lignes narratives qui se prolongent de plus en plus systématiquement d’un épisode à l’autre.

C’est à partir de ces remarques qu’en France, un discours sur l’art de la télévision se construit, en comparant la qualité des séries américaines à la pauvreté scénaristique des séries françaises[7], par exemple, ou en développant une histoire des séries uniquement consacrée à des séries « d’auteur » américaines[8]. Ces travaux valorisent et légitiment l’étude des séries télé dans une perspective historique et esthétique, en cherchant dans les programmes analysés des qualités auctoriales, selon une logique de l’unique et de l’exception, ou de l’exemplaire.

Dans un livre récent, Martha Nochimson développe l’idée d’une poétique moderniste qui aurait émergé avec la télévision des années 1990 et 2000. Spécialiste du travail de David Lynch, l’autrice propose de parler d’une époque « pre-Peaks » et « post-Peaks », la série constituant un tournant à la suite duquel la télévision découvre des possibilités autres que celles purement commerciales qui ont dominé depuis les débuts de la télévision états-unienne, liées à une logique de formule et de scénario ou de personnages parfaits. L’autrice discerne dans la télévision commerciale la construction de scénarios sans possibilités de bavures ou de ratures et la création de personnages solides, alors que des séries comme Mad Men ou Les Soprano proposent des figures imparfaites, hésitantes, dont la vision du monde est vaste et instable. Elle y reconnaît un « off-track storytelling » (« un déplacement radical des croyances traditionnelles dans la signification inhérente de notre réalité représentée par des structures fermées, des valeurs absolues, la continuité, des solutions définitives, des certitudes et des identités unifiées[9] ») dans lequel elle retrouve le modernisme littéraire et philosophique, ce qui permet de donner aux séries une stature d’« art du récit », et donc de « télévision d’auteur ».

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

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© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

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Identifiant

ark:/17444/22916m/4093

Date de modification de la fiche

2022-04-22

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