Introduction

Les histoires du cinéma retiennent généralement 1927-1928 comme étant le moment de l’avènement du cinéma parlant. En fait, ces années correspondent à l’apparition d’une innovation technologique bien précise : la piste optique qui permet de synchroniser des sons avec les images animées d’un film. L’ensemble des travaux portant sur la transmission et la reproductibilité technique du son, dont les origines se situent au XVIIIe siècle, passent, eux, régulièrement inaperçus. Ce parcours adopte une démarche archéologique afin de mettre en valeur l’importance de ces travaux dans l’émergence des systèmes sonores au cinéma sans pour autant chercher à tracer une chronologie linéaire renvoyant à l’idéal trompeur d’« un progrès ininterrompu[1] ». Il s’agit ainsi de se demander : quels rôles ont joué les expérimentations scientifiques des XVIIIe et XIXe siècles, et dans quelles lignées techniques s’inscrivent-elles ? Quelles innovations techniques ont été abandonnées et quelles autres ont finalement été intégrées aux systèmes sonores ? Quelles sont les pratiques artistiques communes au théâtre et au cinéma qui ont donné lieu à l’émergence d’un nouveau modèle ? À quel moment celui-ci se sépare-t-il du précédent ?

Afin de comprendre la portée de cette mutation par laquelle les sons enregistrés sont entendus sans l’intermédiaire du cylindre ou du disque, ce parcours revient, avant tout, sur l’émergence d’un appareil qui a participé à instaurer une nouvelle ère dans notre culture médiatique[2] : le phonographe. Nous verrons qu’une fois matérialisée la possibilité de capter, de conserver et de reproduire la voix en direct, on cherche aussitôt à donner lieu à des expériences collectives sous la forme d’auditions phonographiques. La recherche du dépassement du « synchronisme impossible » entre le son et l’image oriente la suite des expérimentations. Parmi celles-ci, le Kinetoscope Parlor d’Edison a le mérite de déclencher une vague d’expérimentations fondamentales pour l’avènement de l’industrie cinématographique. L’étude de cas dédiée à Auguste Baron, auteur de films sonorisés par le phonographe, illustre la voie de l’enregistrement synchrone par le microphone et le téléphone. Une autre étape fondamentale est représentée par les phonoscènes Gaumont, comme celles proposées par Mendel, Pathé et d’autres, qui relèvent aussi de pratiques culturelles. Elles visent la combinaison complexe de deux appareils, le phonographe et le cinématographe, dans une recherche constante qui, toutefois, s’avère entravée par de nombreuses difficultés techniques et mécaniques. Seule la création d’un dispositif qui permet l'enregistrement simultané du son et des images sur un support unique permettra de résoudre définitivement ces nombreux blocages. Finalement, c’est ce chemin long, tortueux et parsemé de découvertes aussi fruits du hasard qui aura mené à la rencontre entre l’image et le son.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/21206t/3774

Date de modification de la fiche

2022-10-11

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