Introduction - Texte 1

Depuis l’avènement du cinéma « numérique », la pratique du montage ne semble plus la même. Avant que les systèmes et logiciels de montage vidéo non linéaires et numériques n’apparaissent, à la fin des années 1960, les équipements de montage avaient été peu affectés par les nombreux bouleversements technologiques qui ont jalonné l’histoire du septième art. À mesure que les cinéastes exploraient les possibilités expressives liées aux multiples façons de combiner du son et des images animées, différents styles de montage avaient vu le jour, dans différentes traditions nationales, à différents moments. Mais tous procédaient d’un même principe de découpage et de collage du matériel tangible qu’est la pellicule. Certains équipements mécaniques se sont sophistiqués au fil du temps. Par exemple, la moviola apporta plus de précision à un travail qui jusque-là se faisait à grand renfort de ciseaux, avant d’être à son tour supplantée par les systèmes horizontaux. Malgré tout, le montage demeurait une technique assez simple consistant à découper en morceaux des bandes de pellicule et à les recoller avec de la colle ou du ruban adhésif.

De nos jours, le montage est numérique. À ce titre, il diffère en tous points de la technique, fort concrète, du montage sur pellicule. Ce changement dans la matérialité même du film et dans sa composition transforme une opération mécanique simple en un processus virtuel complexe médiatisé par l’ordinateur. Ce qui avait défini le film en tant que média – son caractère rigide, solide et tangible hérité des propriétés physiques de la pellicule – imposait des limites évidentes. En effet, dans son acception la plus simple, soit le fait de raccorder des rubans de pellicule bout à bout, le montage est né, avant tout et à bien des égards, des contraintes imposées par les technologies du cinéma. Par exemple, cette procédure était nécessaire pour produire un film plus long que la bobine que pouvait contenir le magasin d’une caméra. Cela dit, le montage est aussi apparu, très tôt, comme un outil d’expression et de communication permettant de construire des récits complexes et de véhiculer ainsi du sens, des symboles et des idées. À ce titre, il est donc devenu une dimension essentielle du langage et de l’art cinématographiques.

À présent, les obstacles techniques à l’origine de ces effets stylistiques ont été surmontés. Ce n’est plus la longueur de la pellicule qui conditionne le processus, mais bien plutôt l’espace de stockage du disque dur de l’ordinateur. Le concept même de montage en est radicalement transformé puisque, comme l’ont souligné Lev Manovich[1], David Norman Rodowick[2] et bien d’autres, cette opération se définit non plus dans son rapport au temps, mais dans un rapport à l’espace. À l’ère numérique, où il est beaucoup plus facile de réaliser des films-séquences, le montage devient en quelque sorte superflu. En ce sens, le montage numérique pourrait bien signifier, de façon paradoxale, la possibilité d’en finir avec le montage en tant que mode expressif résultant d’une nécessité d’ordre technique. Pourtant, si de nombreux films-séquences ont été tournés ces dernières années, cette tendance n’est ni dominante ni même répandue.

Si le montage est une structure abstraite (celle du récit) appliquée à celle, beaucoup plus tangible et matérielle, de la pellicule, alors le montage numérique signale le triomphe d’une logique conceptuelle sur le monde physique. L’intention artistique s’impose dans un média qui trouvait jusque-là son origine et son autonomie dans un processus technologique. En apparence, le montage numérique ébranlerait donc l’identité même du cinéma.

Ce parcours explore l’impact des technologies numériques sur les pratiques et les techniques du montage. Il s’intéresse à l’essor des films-séquences à l’ère numérique, analyse les réactions de professionnels face à l’implantation du montage numérique et retrace les changements technologiques survenus avant cette ère. Pour mieux comprendre ces transformations, trois versions de Ben-Hur réalisées à trois moments distincts de l’époque du montage « conventionnel » y seront étudiées, et mises en relation avec une version numérique récente de ce film. Il s’intéressera également à l’impact durable sur l’art cinématographique, d’abord du montage vidéo puis du montage numérique – des techniques permettant aux cinéastes de faire bien plus que du montage.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/19497w/4148

Date de modification de la fiche

2022-04-25
2022-11-28

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