Les lunettes télévisuelles - Texte 3
En 1960, dans une entrevue qu’il accorde au quotidien Post-Standard, Gernsback va plus loin : il imagine une télévision branchée directement sur le cerveau, par ce qu’on appelle aujourd’hui « une interface neuronale directe » :
Les récepteurs de télévision d’aujourd'hui seront peut-être un jour remplacés par des appareils qui "chatouilleront" le cerveau, en pénétrant jusqu’à la conscience intérieure de l'homme. C'est du moins ce que croit le pionnier de l'électronique Hugo Gernsback. Le tissu cérébral est conducteur d'électricité. Quoi de plus logique alors, demande Gernsback, que le développement d’un "supercepteur" dont les impulsions créeraient des images directement dans l'esprit, comme les rêves, au lieu d’éclairer un écran de télévision? Et trois scientifiques de l’UCLA ont suggéré qu'avec l’introduction d'un tel récepteur, chaque membre de la famille pourrait syntoniser son programme individuel — les yeux ouverts ou fermés, comme il le préfère[6]!
Gernsback a déposé un bon nombre de brevets[7] — certains prometteurs (comme le « apparatus for landing flying machines » ou la « hydraulic fishery »), d’autres moins (comme le « combined electric hair brush and comb », le « luminous electric mirror », une « postal card » ou le « depilator »), la plupart de simples perfectionnements de technologies existantes —, mais peu ont donné lieu à des inventions durables. Ses meilleures idées étaient peut-être les plus spéculatives et les moins réalisables, celles qu’il formulait dans ses éditoriaux et ses textes de fiction. Elles sont restées des extrapolations, à partir des plus récents développements technologiques, mais au-delà des contraintes techniques et économiques de son temps — en toute liberté. On comprend pourquoi, en 1953, dans l’éditorial du premier numéro de la revue Science-Fiction Plus, Gernsback a pu recommander une réforme de la loi sur les brevets pour autoriser les auteurs de science-fiction à déposer eux aussi des brevets, au moins provisoires, pour des idées, des technologies simplement imaginées[8].
Mais d’autres ont trouvé le moyen de matérialiser cette idée des lunettes télévisuelles. En 1943, Henry John de Neville McCollum dépose déjà un brevet pour un appareil analogue, « a stereoscopic television apparatus », constitué de deux tubes cathodiques miniatures installés dans une simple monture de lunettes, pour que « plusieurs personnes puissent visualiser simultanément et avec la même aisance un objet transmis par la télévision stéréoscopique[9] ».
