Opacité de la représentation du balayage 3D et de la capture de mouvement au cinéma - Texte 14
Carax nous donne ainsi à comprendre le problème théorique principal de ces dispositifs : la forme cinématographique résultant de la performance capture ne peut reconduire médiatiquement ce que produit la technologie en elle-même, à savoir une image pensée et captée en volume, sous tous les angles à la fois. Elle ne peut que la suggérer esthétiquement, ce qui en atténue la portée d’un point de vue cinématographique, voire en interroge la légitimité.
Un an plus tard, Le congrès (The Congress, Ari Folman, 2013) propose lui aussi un commentaire sur les évolutions récentes de la captation 3D numérique en déplaçant les enjeux du film de Carax vers des considérations éthiques. La séquence centrale (une séance de captation de l’actrice Robin Wright) a été tournée dans un véritable studio de balayage 3D, le Light Stage 5 de la University of Southern California[8], ce qui laisse à penser que Folman va cette fois en révéler le mode de fonctionnement, dans une démarche de type documentarisant. Mais, là encore, le cinéaste masque cet aspect sous un traitement science-fictionnel d’une sorte de pacte faustien, puisqu’il attribue à ce studio des fonctionnalités qu’il n’a pas dans la réalité : numériser les expressions et mouvements d’une comédienne pour les exploiter par la suite au travers d’un avatar manipulable à l’envi par les studios. Le redoublement de la dimension sphérique du dispositif originel par la prise de vues en mouvement enserre ainsi le corps de l’actrice, dont on « capture » littéralement les changements d’expression, au point de lui voler son âme.
