À la croisée du documentaire et du Web - Texte 5
Le terme « multimédia » permet de mettre en évidence la présence d’éléments développés de manière autonome : des images en mouvement et des images fixes, des animations, du son sous toutes ses formes (musique, commentaires voice-over, sons en prise directe, bruits et bruitages) et du texte (titres, sous-titres, textes d’explication, textes d’accompagnement, légendes, textes d’hyperlien, schémas). Quant aux images en mouvement, qui sont le lien le plus apparent avec le cinéma documentaire, les webdocs présentent dans un même objet différents régimes esthétiques : tantôt du côté du travail sur la présentation photographique, tantôt du côté de la caméra embarquée ou encore de la caméra omnisciente, presque de surveillance. Cette tendance à la multiplication des styles de prise de vues dans un même objet a toujours existé dans un certain type de film-essai (les productions inspirées de Chris Marker en sont la preuve). Elle est de plus en plus répandue dans le documentaire contemporain, même dans des productions qui veulent s’adresser au grand public (marquant une influence esthétique en retour, depuis le Web – qui rassemble des images de toutes factures – vers le cinéma, comme dans la production cinématographique exemplaire en ce sens de Natalie Bookchin ou de Dominic Gagnon), et elle est constitutive des images en mouvement dans les webdocs.
Terre de froid (2011), en guise d’illustration, est le récit de l’expérience du Grand Nord par une femme artiste, Dianne Whelan, citadine et lesbienne au milieu de militaires canadiens. Ce webdoc offre la stratification des traces accumulées durant l’expédition selon un regard spécifique, à la manière d’un journal de bord. L’internaute qui navigue dans Terre de froid est toujours confronté à une multiplicité de médias par lesquels transitent les diverses composantes de l’expérience du voyage de l’auteur : les cartes dessinées qui prennent forme et s’animent à l’écran, traçant le parcours de l’expédition; les photos qui montrent l’immensité glacée; les clips vidéo qui capturent les mouvements des hommes et des machines; des sons qui ramènent parfois à l’instant de la prise de vues; et le long monologue de l’auteure qui partage son étonnement face à cette aventure. Des textes animés ici et là sur les images scandent les étapes du voyage par des notations géographiques, météorologiques et émotives et, ce faisant, produisent un découpage du webdoc, comme un scénario qui serait donné à lire en même temps que le film se déroule…
