De l’influence de MTV sur le rythme des films hollywoodiens dans les années 1980 - Texte 1

Esthétique du clip musical

Au tournant des années 1980, la forme hollywoodienne apparaît en mutation entre la fin d’une période, celle dite du Nouvel Hollywood, et le début d’une nouvelle ère du studio system qui semble en partie liée aux modèles des productions signées Steven Spielberg et George Lucas. Sous l’influence probable de la franchise Indiana Jones, le rythme a continué d’accélérer dans les années 1980 et les ASL[1] à deux chiffres, encore présentes dans les années 1970, disparaissent en grande partie du cinéma grand public. Selon David Bordwell, la plupart des films populaires ont alors des ASL comprises entre cinq et sept secondes, et de nombreux films (Raiders of the Lost Ark, 1981; Lethal Weapon, 1987; Who Framed Roger Rabbit?, 1988) présentent une moyenne de quatre à cinq secondes. On trouve également plusieurs ASL de trois à quatre secondes, principalement dans des films influencés par les clips musicaux et dans des films d’action, tels que Pink Floyd: The Wall (1982), Streets of Fire (1984), Highlander (1986) et Top Gun (1986)[2].

Outre l’influence du modèle proposé par le couple Spielberg-Lucas, le montage du film de divertissement américain de la fin des années 1990 et 2000 doit certainement également son évolution à l’influence des clips musicaux. Une nouvelle façon de penser certaines séquences qui auraient auparavant été accompagnées d’une musique originale, symphonique ou non, avec des chansons pop fait son apparition. À la manière d’un clip musical, la chanson est donnée à écouter dans son entièreté, ou peu s’en faut, à travers une séquence centrale du film. Le film, par ailleurs, n’a souvent aucun rapport avec la comédie musicale ou la comédie romantique, genres plus propices au phénomène par essence. Le Top Gun de Tony Scott est certainement l’illustration emblématique, au milieu des années 1980, de cette nouvelle mode de mise en scène. Naturellement, la séquence permet la promotion d’une chanson, à la manière d’un clip musical télévisuel, à l’intérieur même de la diégèse; les studios, sur le modèle du Nouvel Hollywood, peuvent alors ajouter aux recettes d’exploitation du film celles provenant de la vente du single sous forme de vinyle, de cassette audio ou de Compact Disc en plus des recettes naturelles octroyées par le passage de la chanson sur les ondes radiophoniques. Top Gun est porté par deux chansons écrites par Tom Whitlock et composées par Giorgio Moroder : « Danger Zone », interprétée par Kenny Loggins, et « Take My Breath Away », interprétée par le groupe de new wave américain Berlin, ce dernier constituant au passage le love theme du film. Ce titre est un succès international immense et se classe à la première place des classements de ventes musicales dans de nombreux pays.

Identifiant

ark:/17444/11977j/6907

Export