Cinéma vérité et cinéma direct - Texte 4
Durant l’année qui suit, sous cette même appellation, la presse française regroupe en un ensemble cohérent des films tels que L’Amérique insolite (François Reichenbach, 1960), Shadows (John Cassavetes, 1961), La pyramide humaine (Jean Rouch, 1961), Primary, Eddie Sachs et Kenya (Robert Drew, Richard Leacock, 1960-62), Les inconnus de la terre et Regard sur la folie (Mario Ruspoli, 1962) en un ensemble cohérent sous le terme « cinéma-vérité »[3]. Lors des journées d’Études du MIPE-TV organisées à Lyon du 2 au 4 mars 1963 par le Service de la recherche de la RTF, furent débattues les questions techniques, théoriques, artistiques et éthiques que soulève ce nouveau cinéma, et la terminologie fait polémique : les défenseurs de l’expression « cinéma-vérité » (Georges Sadoul, Joris Ivens) revendiquent une exigence morale et la dimension philosophique qu’elle sous-tend, alors que les partisans de l’expression « cinéma direct » (Mario Ruspoli, Louis Marcorelles) vantent la modestie et la souplesse d’une pratique[4].
Le terme de « cinéma direct » fut proposé par Mario Ruspoli comme substitut à celui de « cinéma-vérité » dans le rapport qu’il rédigea pour l’UNESCO en octobre 1963. Cette proposition suggère une analogie entre le dispositif de tournage nouvellement conçu, qu’il nomme « groupe synchrone cinématographique léger », et la prise directe, caractéristique des moteurs des voitures de Formule 1. Pour Ruspoli, cette image renvoie aux nouveaux usages rendus possibles par l’équipe synchrone audiovisuelle : elle doit saisir solidairement le son et l’image et agir « comme un seul homme », et le mécanisme doit permettre de s’adapter rapidement et en continu aux aléas du terrain[5].
